Le transport

 

Entre l’arrestation et la relégation, la forme des trajets se répète de façon étonnamment identique. Arrêté dans un village, souvent parti sur une charrette jusqu’à la station de train la plus proche, où déjà d’autres attendent, ainsi commencent presque tous les récits. Le train est un long convoi de wagons à bestiaux, pas toujours équipés de châlits, parfois chacun reste à même le sol. Là, les personnes s’entassent, de tous sexes et de tous âges. Le voyage est alors long, très long, sans que la destination n’ait jamais été indiquée au départ. L’arrivée est brutale, inattendue. En général, la station est petite, au milieu de nulle part, mais le bout du voyage n’est pas là. Il faut de suite, aux déportés, continuer en voiture ou en camion vers la destination finale, ou attendre un temps dans des baraques qu’on vienne les chercher. Encore quelques dizaines de kilomètres avant de se retrouver à la première étape de la déportation.

Texte : Alain Blum