Mémoires Européennes

du Goulag

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Enfance, relations sociales et langues. Les relations entre enfants et adultes

« Qui étaient vos amis ?

Tout d’abord, nous étions très unis dans notre famille. J’étais très proche de mes frères, de ma sœur, et j’étais copain avec tous les enfants des voisins. Le reste étaient des Ukrainiens, et dans la cour d’école je parlais une espèce de langue mélangée. J’ai appris beaucoup de mots en lituanien. Depuis je me souviens comment dire bonjour, “labadéné”, c’est bonjour en lituanien… Pour le reste je ne me souviens plus, mais à l’époque je connaissais d’autres mots lituaniens. Vous savez, les enfants arrivent toujours à apprendre, à communiquer, avec des signes, des gestes, un mot en russe, un mot en lituanien, un mot en ukrainien. Nous nous sommes toujours très bien compris, il n’y a jamais eu de conflits.

Puisque vous parlez de conflits, certains interviewés nous ont parlé de certaines persécussions subies par des Lituaniens, par exemple des gamins lituaniens offensés par d’autres villageois…
Non, ce n’est pas du tout mon cas, car tous ceux qui étaient autour étaient des exilés comme nous, il n’y avait pratiquement pas de locaux.

Et les adultes ?
Les adultes maintenaient des contacts tout à fait normaux. Il y avait des Tatars, pas que des Ukrainiens et des Lituaniens. L’un s’appelait Khakim, l’autre Abrinit, mais ils étaient déjà adultes. Nous étions tous ensemble et nous nous invitions, lors des fêtes religieuses, les uns chez les autres. Pour Pâques, notamment, nous cachions des œufs et les cherchions ensemble. Entre enfants, il n’y a jamais eu de problèmes. Entre adultes, il y en a eu parfois, il y a eu deux ou trois assassinats, mais c’était surtout à cause de l’alcool. Entre gamin il n’y en jamais eu.

Quelle fête fêtiez vous ?
Ma mère était très religieuse, très croyante. Elle était originaire d’Ukraine occidentale et l’orthodoxie était très importante pour elle.»