Mémoires Européennes

du Goulag

BioGraphie

10
image description
×

Naoum  KLEIMAN

Naoum Kleiman naît en décembre 1937, à Kichinev, Ses grands-parents maternels vivent à Bessarabie, alors en Roumanie. Ces derniers sont arrêtés en 1941, après l’annexion de la région par l’URSS. Son grand-père est envoyé dans le camp d’Ivdel’ (Ivdel’lag) dans l’Oural, et sa grand-mère en déportation en Asie centrale. Le premier décède peu après des suites d’une grève de la faim, sa grand-mère est sauvée par son fils qui, en soudoyant des responsables locaux, obtint qu’elle soit déclarée décédée. Durant la Seconde Guerre mondiale Naum Kleiman est évacué avec sa mère dans l’Oural, et son père les rejoint comme mobilisé affecté aux bataillons de travail. Ils reviennent en 1946 à Kichinev, mais, le 6 juillet 1949, ils sont tous déportés près de la ville de Gurievsk, dans le village abandonné d’Iounka, pour travailler dans d’anciennes mines d’or, d’où il ne sortira aucun or… Naoum est cependant autorisé à aller à l’école dans un village voisin, le village de Barit, avant de pouvoir rejoindre la ville Gurievsk au printemps 1950. Chaque autorisation est pour lui un nouveau pas vers la liberté. Il apprécie la conduite des habitants locaux, et valorise les instituteurs ou directeurs d’école qui le forment. En 1955, il est libéré et s’apprête à faire ses études supérieures à Frunze (Bichkek) en Kirghizie, lorsqu’il voit une annonce pour étudier à l’Institut du cinéma de Moscou (le VGIK). Il postule, sans trop pouvoir dire aujourd’hui pourquoi, et est reçu. Il part donc à Moscou, un palier supplémentaire dans sa recherche de la liberté. Il accomplit ses études à l'Institut du cinéma, dont les professeurs et les étudiants redécouvrent l'histoire enfouie des cinémas soviétique et étrangers à la faveur du dégel khrouchtchévien. Il devient spécialiste du cinéma, en particulier d’Eisenstein, ce qui lui permettra de voyager malgré son statut d’ancien déplacé spécial. Il est de 1992 à 2014 directeur du musée national central du cinéma et du centre Eisenstein à Moscou.

Alain Blum et Irina Tcherneva

Voir MÉDIA
Fermer

L'autre déportation

Les grands-parents paternels de Naoum Kleiman sont arrêtés en 1941, juste après l'arrivée des Soviétiques. Son grand-père est envoyé dans le camp d'Ivdel dans l'Oural, où il meurt d'une grève de la faim. Sa grand-mère est déportée au Turkménistan, où son fils va la retrouver et "achète" sa liberté (les autorités locales, après avoir reçu quelques matériaux déficitaires de lui, acceptent de faire un faux certificat de décès et les laissent partir). 

Fermer

Naum Kleiman raconte l'histoire de sa déportation

Est présentée ici le récit que Naoum Kleiman a fait de sa déportation durant l'entretien réalisé par Irina Tcherneva et Alain Blum le 25 juin 2015 à Moscou, dans le musée Eisenstein à Moscou. 

Trois parties sont distinguées. L'ensemble des trois parties peut aussi être téléchargé.

 

Fermer

Survie et entraide

Naoum Kleiman raconte comment d'anciens koulaks, déportés au début des années 1930, les ont aidé à se loger, dans des étables, et leur ont appris à reconnaître les champignons et les baies, dans les forêts, pour survivre.

 

Fermer

Le travail à la mine

Fermer

J'ai eu de la chance

L'histoire de la déportation de la famille de Naum Kleiman est constituée de hasards heureux, occasions de découvertes, mais aussi chances de survie. L'évaluation de ces chances se fait surtout a posteriori lors de rencontres avec d'autres déportés.

Fermer

Silence et gestion des incertitudes

À l'arrivée à Iounka, les familles déportées ne reçoivent que des informations parcellaires et formelles sur leur futur. Or, parmi eux se trouvent ceux qui s'efforcent d'interpréter ces bribes de renseignements et de les canaliser afin de rassurer les autres. Notamment une « baronnesse » que décrit Naum Kleiman, femme qui constitue autour d'elle des liens de soutien mutuel.

La période 1949-1953 est marquée par de multiples signaux de danger dans le contexte de campagnes antisémites menées dans l'Union soviétique. Dans le même temps, de petits droits et ouvertures se présentaient et la famille cherchait à interpréter ces alertes contradictoires, se repérer par rapport à l’environnement de travail, à l'école. Naum Kleiman restitue sa perception de cette étape ne pouvant pas s'empêcher de vouloir découvrir des facteurs explicatifs de l'incohérence dans la répression.