Mémoires Européennes

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Les territoires annexés à l'URSS - 1939-1941

Dans le cadre du pacte germano-soviétique d’août 1939 et des clauses secrètes sur le partage de l’Europe centrale et orientale entre les deux nouveaux alliés, l’URSS stalinienne entreprend en 1939 et en 1940 une nouvelle phase d’expansion vers l’Ouest. Le processus de soviétisation des nouveaux territoires s’accompagne de répressions ciblant les anciennes élites et autres «éléments socialement étrangers» contre-révolutonnaires, etc.

Trois vagues de déportations sont organisées dans les territoires polonais annexés à l’Ukraine et à la Biélorussie de l’Ouest en 1940 : elles bannissent les anciens colons ou «osadniki», les élites locales et une partie des réfugiés (Juifs pour l’essentiel) ayant fui l’occupation allemande de la Pologne. Les déportations reprennent au printemps 1941 : le 22 mai, en d’Ukraine de l’Ouest ; dans la nuit du 12 au 13 juin, en Moldavie ;  le 14 juin dans les Républiques baltes et enfin dans la nuit du 19 au 20 juin, en Biélorussie occidentale.

Certains chefs de foyers sont condamnés à des peines de travaux forcés dans les camps, les familles avec les enfants se retrouvent exilées en Sibérie ou au Kazakhstan dans les «colonies spéciales» de peuplement. Près de 500 000 personnes sont ainsi envoyées dans les profondeurs de l’URSS.

Texte : Catherine Gousseff et Juliette Denis

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Refus de la citoyenneté
et arrestation

Lorsque les nazis envahissent la Pologne en septembre 1939, Henry Welch et sa mère fuient vers l'Est. Ils se retrouvent alors en zone soviétique. Dans un premier temps, sa mère refuse de prendre la citoyenneté soviétique, et quand elle finit par se faire à l'idée, il est trop tard, la famille est arrêtée.

«(...) Vint le temps où tout le monde devait s’enregistrer. Il fallait décider entre rester en Russie et prendre la citoyenneté russe (i.e. soviétique, ndlr) ou rentrer en Pologne. Nous, bien sûr, nous voulions rentrer en Pologne. Ma mère est allée à Lvov, chez sa cousine Adéla qui s’y était réfugiée. Son mari était communiste et ils étaient très heureux. Il avait obtenu un bon emploi et voulait rester car la Russie, pour lui, c’était le paradis !
Donc, quand ma mère est rentrée elle avait changé d’avis, alors elle est allée à la police pour demander la citoyenneté russe. Mais heureusement c’était trop tard, car à 4 heures du matin le NKVD, la police politique, est venue toquer à la porte et moi et ma mère avons été arrêtés.»

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Rumeurs de déportations

Le NKVD peine à maintenir la confidentialité de l’opération. La famille de Silva Linarte a vent de la rumeur de déportation quelques jours avant le 14 juin 1941, par sa tante paternelle. Pourtant, son père refuse d’y croire.

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Austra et Lilija évoquent l’arrestation de juin 1941

D’autres craignent le pire – c’est le cas du père d’Austra et Lilija, qui croit que sa famille et lui vont être immédiatement fusillés. L’arrestation se déroule en pleine nuit, les enfants partent avec les vêtements qu’ils ont sur le dos.

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La mère de Silva Linarte oublie les affaires du nourrisson

La prévision de la déportation en Sibérie et le choix d’affaires chaudes au moment de l'arrestation s’avèrent un facteur essentiel de survie. Certains emportent des vêtements d’hiver. D’autres, pressés par les soldats, omettent des baluchons indispensables. C’est le cas de la mère de Silva Linarte, qui oublie les affaires de sa benjamine – le bébé meurt dans le train.

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L'arrestation de la famille de Diāna Kratiša

En raison de l’absence de leur père sur place, la famille de Diāna Kratiša  est arrêtée deux jours plus tard. Les documents d’archives, édités lors de la réhabilitation, décomptent cependant la famille comme faisant partie du contingent du 14 juin.

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Avant l'annexion – la période présoviétique dans la mémoire des déportés

La déportation de juin 1941 est associée à la séparation de la famille. C’est souvent la dernière fois que les enfants voient leur père, condamné aux travaux forcés. La dernière fois, également, que leur mère exprime sa féminité ou son élégance – avant que les stigmates du travail forcé ne viennent s'imprimer sur son visage et sa silhouette.

L'évocation de l'arrestation est alors l’occasion de revenir sur un passé familial présoviétique idéalisé. Ainsi, les photographies des parents, des demeures, cadres de paisibles scènes familiales, représentent des reliques miraculeusement sauvegardées d'une époque révolue. La nostalgie qu'incarnent les images de l'enfance se mêle à la douleur de la disparition des proches.