Mémoires Européennes

du Goulag

BioGraphie

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Ján  ANTAL

Ján Antal (né Kawasch) naît le 24 février 1950 à Magadan. Sa mère, Irena Kawaschowá, est alors dans un camp de la Kolyma, déportée depuis près de cinq ans. Ján est envoyé, peu après sa naissance, à Elgen, dans un orphelinat, au nord de Magadan. Puis, à 2 ans, il est envoyé dans un autre orphelinat, à Vladivostok, puis à Moscou. Sa mère, libérée en 1953, retourne en Slovaquie et se met  à la recherche de son fils qu’elle réussit à retrouver et à faire rentrer avec un convoi de soldats le 29 avril 1955. Ján prend le nom du mari de sa mère et commence à chercher l'identité de son père, mais sa mère lui répond invariablement : «C’était un homme de bien.» 

Adulte, Ján part travailler à Prague, où il vécut trente ans. Il y suit des cours à l’université Charles et commence à s’intéresser à la philosophie. Lorsqu’il se marie, il prend le nom de son épouse, et s'appelle désormais Ján Antal. En 2006, il accepte la proposition du studio de cinéma Trigon de réaliser un film sur son histoire et la recherche qu'il mène depuis de nombreuses années sur l’identité de son père. Ce film s'appellera Môj otec Gulag (Mon père, le goulag).

Il part à Magadan et visite les lieux où travaillait sa mère, son premier orphelinat, il consulte les archives locales de Magadan et celles de Moscou, mais ne trouve pas la réponse à sa quête. Aujourd’hui, Ján Antal vit avec sa femme et ses cinq enfants à Svodin, en Slovaquie. 

Il est toujours à la recherche de son père.

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Sa mère dans le camp

Ján Antal ne se souvient pas des autres enfants de l’orphelinat. Il n'avait que 5 ans quand il est parti.

A son retour, sa mère lui parlait de son travail au goulag, d'abord dans une mine d'or. A la suite d'un accident elle a travaillé à la blanchisserie puis aux cuisines, où elle a rencontré son père. Elle avait alors un travail moins dur et mangeait mieux. 

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La déportation de sa mère et le camp

Irena, la mère de Ján , lui a raconté son voyage vers la "Russie". Elle était enceinte et a fait une fausse couche dans le train. En Pologne elle jetait des notes par la fenêtre du train avec l’espoir que quelqu’un les trouve et les envoie à son beau-frère. Quand un déporté mourrait, il était jeté hors du wagon. Les soldats étaient méchants et on ne pouvait rien leur demander. Elle a passé trois mois dans ce train et elle a toujours eu du mal à raconter cette expérience.

De Vladivostok elle est partie en bateau pour Magadan. Elle se rappelait qu'en été, quand il y avait moins de travail, ils construisaient des routes ou bricolaient. Certains s'enfuyaient mais ils mourraient ou étaient capturés. Il n’y avait pas de clôtures, ils travaillaient librement. Pour s’enfuir il fallait se déplacer de 800 à 1000 kilomètres à pied sans provisions et sans vêtements. Elle se rappelait d’un homme qui avait été capturé et battu.

Les relations entre les prisonniers étaient parfois violentes, il y avait des vols. Certains cependant étaient solidaires entre-eux. 

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Difficultés au retour

Ján Antal parle de sa mère, Irena, avec beaucoup d’admiration. Après son retour, elle a rencontré de grosses difficultés financières car les neuf années de travail au goulag n'ont pas été reconnues par les autorités. Elle exerça alors de nombreux petits travaux pour survivre. Elle a appris à Ján à cuisiner, à travailler. Elle jouait le rôle de mère et de père à la fois.

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L'entourage au retour

La mère de Ján a été plutôt bien reçue lors de son retour. Elle a rencontré des adventistes qui ont été très compréhensifs. Ils l'ont beaucoup aidée.

Ján parle du premier mari de sa mère, Kawasch, qui a demandé l'acte de décès de sa femme, cinq ans après sa disparition et qui s’est remarié.

Certains habitants la voyaient d'un mauvais œil à son retour, car elle avait un enfant et s'est remariée, mais dans l'ensemble, ils ont été plutôt indulgents.

Irena a d'abord habité chez les adventistes, puis a réussi à obtenir la moitié de la maison qu’elle occupait avant la déportation.

Sa mère était admirée par les gens pour son caractère.

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1968, Prague

En 1989 lors des bouleversements en Europe centrale, Ján était à l'hôpital et n'a pas pu se joindre à la foule.

Il se souvient aussi de l'année 1968 car il était alors à Prague. Il est arrivé au travail et ses collègues lui ont annoncé que les Russes étaient dans la ville. Il ne s’est pas exprimé. Il est parti voir un ami en moto et ils ont été arrêtés par les Russes. Il a sorti sa carte d’identité, où il est indiqué qu’il est né en URSS et il a parlé avec le soldat en russe. Ils ont alors été libérés. Ján se souvient d’autres exemples où le fait d’être né en URSS avait joué en sa faveur.