Mémoires Européennes

du Goulag

BioGraphie

06
image description
×

Elena  PETROVNA

Elena Petrovna naît en 1937 dans un petit village d’Ukraine. En 1944 ou 1945, les Soviétiques arrêtent son père, Piotr, le considérant comme partisan de Bandera, car il porte un nom à consonance allemande. Il est envoyé dans un camp, dans le Grand Nord sibérien, à Norilsk. Elle et sa mère sont déportées en Sibérie. Seul son frère en réchappe, car il était absent lors de la venue des soldats.

Sa mère travaille dans une exploitation forestière, comme beaucoup de déportés de ces régions, et ses talents de couturière lui permettent d’améliorer leur quotidien et de vivre mieux que le commun des déportés.

À l’école de nombreux enfants avaient perdu leur père au front. Un jour, les enfants du village traitent Elena de partisan de Bandera, d’ennemie du peuple. Ils la considéraient alors comme une fasciste, responsable du décès de leur père.

Son père écrit régulièrement des lettres à sa mère, ainsi que son oncle resté dans son village natal. Certaines lettres, écrites peu avant la fin de la guerre, se terminent par «Gloire au grand Staline»… L’une d’entre-elles est datée du 5 mars 1945. Staline décède le 5 mars 1953… Son père meurt peu après le décès de Staline, alors qu’il allait être prochainement libéré. Un jour sa mère lui dit simplement «On est libre.» Elle n’en saura pas plus. Elle sera komsomol, Elle ne se souvient pas d’interdits.

Le silence, imposé par une peur persistante, a dominé sa vie jusqu’à aujourd’hui. Elle n’a pas parlé de son histoire à ses enfants. Elle a demandé que son récit soit anonyme. Sa fille a cherché à reconstituer ses origines, sa vie, le parcours de sa famille, toute seule.

Voir MÉDIA
Fermer

Biographie

Biographie

Elena Petrovna est née en 1937 dans un petit village d’Ukraine, dans la région de Ternopol, d’une famille au nom à consonance allemande. Son père descendait des Allemands arrivés sur le territoire de l’Empire russe à la fin du XVIIIe siècle, à l’appel de l’impératrice Catherine, mais il ne parlait pas allemand. Sa mère était ukrainienne.

Et pourtant, en 1944 ou 1945, les Soviétiques arrêtent son père car leur nom de famille suffit à les faire considérer comme partisans de Bandera. Son père est envoyé dans un camp, dans le Grand Nord sibérien, à Norilsk, alors qu’elle et sa mère sont dans un premier temps déportées à Zima, dans la région d’Irkoutsk. Seul son frère en réchappe, car il n’était pas là lors de la venue des soldats.

Elena reste un an à Zima, puis part dans un autre village proche. Sa mère travaille dans une exploitation forestière, comme beaucoup de déportés de ces régions. Les premières années, les talents de couturière de sa mère leur permettent de vivre dans des conditions meilleures que le commun des déportés.

Un jour, elle revient de l’école en pleurant. Des enfants du village l’ont traitée de partisan de Bandera, d’ennemie du peuple. Dans cette école, nombreux sont ceux qui ont un père mort au front. Et ils la considèrent comme une fasciste, responsable de son décès. Elle ne comprend pas, d’autant que sa mère a de bonnes relations avec les autres habitants du village. Certains enfants russes la défendent, les enfants ukrainiens ont peur.

Elle se souvient des prisonniers japonais qui travaillaient non loin, des Ouzbeks, arrivés ensuite, qui mouraient en grand nombre, d’un soldat de l’armée Vlasov, qui ne racontait rien sur sa guerre, d’autres anciens combattants. Et enfin des Lituaniens, arrivés en 1949, comme son instituteur en histoire, qui partira dès la réhabilitation en 1956.

Elle a conservé précieusement, dans une toile qui rassemble tout ce qu’elle garde de cette période, les lettres que son père écrivait régulièrement à sa mère, ainsi que celles de son frère resté dans leur village natal. Certaines de ces lettres se terminent par «Gloire au grand Staline»…

Son père meurt quelques semaines après la mort de Staline, début mai 1953. A cette période, de nombreux hommes reviennent des camps et arrivent dans le village où elle réside. L’un de ces anciens prisonniers a connu son père à Norilsk, mais il ne lui raconte rien sur lui.

Un jour sa mère lui dit simplement «On est libre.» Elle n’en saura pas plus. Elle sera komsomol, ne se souvient pas d’interdits. La plupart de ses amies sont de familles de déportés, et entre filles on ne se traite pas de partisan de Bandera. On ne parle pas de la déportation.

Le silence a dominé sa vie, imposé par une peur persistante, jusqu’à aujourd’hui. Elle n’a pas parlé de son histoire à ses enfants. Sa fille a cherché à reconstituer ses origines, sa vie, le parcours de sa famille, toute seule. Elle cherche toujours, va en Ukraine, retrouve des traces de toute cette histoire, mais sa mère ne lui en parle toujours pas. Elle nous a demandé de préserver son anonymat.

Fermer

Les premières nouvelles

Cette lettre est probablement envoyée d'Ukraine en Sibérie, par un membre de la famille de Piotr.

Типер хочим з тобою i Еленою подiлитися Родiсною вiсткою ми на 27 Вересня начесного Хрста дiстали лист вiд Петра пиши що здоровий но як вiн пише житя его несприятливе де девiн пiсацïв не видно сонця тiлько морози i нiч. Али Бог крiпить на его шо ще зобачим ся. А ще гiрш  мучить его про вас i про ваше з Еленою житя i здоровья пиши ще (вiн) писав пару листiв але вiдповiдiй небуло. Натiм Кiнчу тiх пару слiв Поздоровляем Вас обох Елено Бувайте здоровi з Богом до милого зобаченя прочли вiд (...) адрес до Петра Такий

Красноярский Край

Посьолок Норильск. Л.К. П./а. 224. (...)

Maintenant nous souhaitons partager avec toi et Elena une heureuse nouvelle. Le 27 septembre, pour l’Exaltation de la Sainte-Croix, nous avons reçu une lettre de Piotr. Il écrit qu’il est en bonne santé mais, d’après ce qu’il décrit, sa vie n’est pas des plus agréables. Là où il est, on ne voit pas le soleil, juste le froid et la nuit. Mais Dieu le garde, nous nous verrons encore. Et plus encore, il s’inquiète pour vous : comment allez-vous, votre santé et celle d’Elena. Il écrit qu’il a envoyé quelques lettres mais qu’il n’a pas eu de réponse. Sur ces paroles je conclus en quelques mots. Nous vous saluons toutes les deux, Elena soyez en bonne santé, Dieu soit avec vous, au plaisir de nous rencontrer. Nous avons lu sur/de (…) voici l’adresse de Piotr

                                     Kraï de Krasnoïarsk

                                     Village de Norilsk. L.K. P./a. 224. (…)

Transcription et traduction: Anastasia Gorelik

Fermer

Lettre de Norilsk - «C'est au destin que je dois obéir»

Норильск 7/XI.50. р.

 

Привiт Дорогi Родинi.

Дорогi Брати, Братови, i Сестри, i уся моя Родина приймiть вiд мене щире Братске поздоровлення. Желаю Вам в день Вашего Празника, Щастя здоровия многая лiт (...) на нове свiтле щасливе житя якого Вам бажаю з цiлого серца i пиридайте i поздоровiть вiд  Мене усiх в Родинi Моï, Дорогий Брати i Ти Братова повідомляю Вас освоïм здоровлю i життю. Я Богу дякую Всевишньому здоровий якого Вам рiвнож Бажаю а життя моє Мож(е) i не вдоволяюче но щож... судьба моя якi Мусиш повелiватися хотяж сказано шо людина творець щастя Свого що тодi пiзнаешь як втратиш його. Судьба судьба не тiльки моя ... Вона карае i немилуе ревнуе 

...і витрiбовує. Не раз с погадаю життя своє молодє Мав я Родителiв Отца Матiр но сам я немічний безталанний вдiяти немiг рвавсi то туди то сюди шукаючи долi так щоби своï судьби но безпомочi безбаронний був, i так щастя якого кажуть творець його нинайшов його а навпаки. Я нитолiюсь i нинарiкаю на судбу свою а вiрю хотя вона Жорстко Карає но i Милує. 

Дорогий Брати i Ти  Братова ни Жалiйтесь i на мени Можи в життю всiляко проходило, но згадую Вас часто Братово Мовби Ви Менi другою Мамою були,

Дорогий Брати i Ти Братово я написав довас кiльки листiв так i до брата Дмитра до Ганi. до Маринi. i Много iньших а вiдповiдi нимаю вiд нiкого ни знаю Чому Знаете Як тяжко пиреживати незнаючи про Родиння життя i Eï положиння.

…де знаходиться Мiй Улюблений Синочок Модуci (… ) прохаю Вас пиридайте Адресу Мою хай на пишуть до Мене хто Жив здоров  Iте хто знаходиться.

Дорогий Брати i Братово i кiнчу  тих кiлька слiв здоровлю Вас Счасним здоровлюм Бажаю Вам Многоя Лiт. i поздоровiть Вiд Мене Брата Дмитра Братову Ганку Мариню ж Еï, Бабусю, Ганю з мужом Еï Николаюом в день Iменин Його щастя здоровья i дiтюм Його здоровля Стасia Маринi з Мужом Михайлом та ïх Будучою родiйою, Модуся Сина дорогого Донечку Елену Жену Марiю. Пиредайте ïм Мiй Пляменний Горячий Привiт, усiй Родинi Cyciдам ознакомим

Стискаючи Вашi Руки Зоставайте здоровi,

 

Norilsk 7/XI. 1950.

 

Salut, Chère Famille,

Chers frères, belles-sœurs, sœurs et toute ma famille, recevez de ma part de généreuses salutations fraternelles. Je vous souhaite de tout mon cœur pour votre fête bonheur, santé et de nombreuses années dans cette nouvelle, lumineuse et heureuse vie;  transmettez-le, et saluez tous mes proches de ma part. Cher frère et toi, ma belle-sœur, je vous informe de ma santé et de ma vie. Dieu merci, je suis en bonne santé, ce que je vous souhaite aussi, et même si je ne suis pas content de ma vie, c’est au destin que je dois obéir, bien qu’il ait été dit que l’Homme est le créateur de son bonheur, et qu'on ne s'en aperçoit que lorsqu'on le perds. Le destin, et pas seulement mon destin… punit et ne pardonne pas, il est jaloux 

… et exigeant. Je me rappelle souvent de ma jeunesse. J’avais des parents : mon père, ma mère. Mais moi-même j’étais faible, médiocre et n'étais capable de rien ; je me dispersais, par-ci, par-là, en cherchant mon chemin, pour trouver mon destin. Mais sans soutien, j’étais vulnérable et bien qu’on dise que l’Homme est le créateur de son bonheur, je ne l’ai pas trouvé, bien au contraire. Je ne me plains pas et je ne me lamente pas sur mon sort, j’ai la foi; si le destin punit sévèrement, il gracie également. 

Cher frère et toi, ma belle-sœur, ne vous fâchez pas contre moi, quoi qu'il ait pu arriver dans la vie, je pense souvent à vous. Ma belle-sœur, vous étiez pour moi comme une deuxième maman.

Cher frère et toi, ma belle-sœur, je vous ai écrit quelques lettres, ainsi qu'à mon frère Dmitri, à Hania, à Marina et à beaucoup d’autres, mais je n’ai reçu aucune réponse, je ne sais pas pourquoi. Savez-vous à quel point il est difficile de vivre sans connaître ce que deviennent ses proches?

…où se trouve mon fils Modest bien aimé (…) je vous en supplie, transmettez mon adresse, pour qu’on m’écrive qui est vivant, bien portant et où chacun se trouve. 

Chers frère et belle-sœur, je conclus par ces quelques mots, je vous souhaite bonheur et santé, une longue vie et saluez de ma part mon frère Dmitri, ma belle-sœur Hania et sa Marina, ma grand-mère, Hania et son mari Nikolaï. Pour le jour de sa fête, bonheur, santé, de même pour ses enfants. Je salue Stas, Marina et son mari Mikhaïl, et ses futurs proches, mon cher fils Modest, ma fillette Elena et mon épouse Maria. Transmettez mes salutations ardentes et chaleureuses à toute la famille, aux voisins, à mes connaissances.

Je serre vos mains. Soyez en bonne santé,

Transcription et traduction: Anastasia Gorelik

 

Fermer

Lettre de Norilsk - «Mais finalement ils m'ont laissé ici, dans ce lieu maudit »

Норильск дня 8/1 1951 .                                                 

 

Норильск дня 8/1 1951 .                                                 

Привiт, i Сердечне поздоровлення Дорогi Женi, Марусi, i Дорогенькi Доченцi, Еленочцi , Витаю Вас i бажаю Вам доброго здоровя щастя довгих лiт доброго веселого Життя, Дорога Марусю i Ти Дорогенька Моя Донечко Еленицю повiдомляю Вас О своiм здоровлю i пережиттю, й Богу дякувати Потроха здоровий, но кращого здоровля Вам бажаю. А життя Мое то що дякую Всемогущому що ще ж Жив, а далi незнаю дуже трудно сумне життя в положеннцiм, но Вiру  i надiюсь на Всемущчого Бога, що Вiн не о пустить нас. Дорога Марусю i Ти Дорогенька Донечко Еленцю, Я Вас повiдомляв i Мав надiю що я звiти...

…виïду так що думав хоть й  нiмношко подишу Материнським Воздухом. дожидалось i здня на день, i нарештi на дальше Оставили Тут, на тому лежму мiстi. так що негнiвайтеся що я не писав до Вас через той час я тоже не получав тiльки що тих два письма вiд Вас, з 13 мая, а (24, 21, 27 ?) мая i одно получив вiд 10р Д-ня в серпнi так що дужите Менi скучаю що незнаю що зiсталося з Родиною.

Марусю i ти Еленуцю, наколи Одержите то письмо на пишiть до Мене О пишiть про свое житя здоровля чи Модю пише до Вас, бо до Мене що то нехочи всюго написав 2 письма незнаю чому я рiжно думаю i про його i про сучасне життя.

i Вас не забуваю i живу тою надiью що буде знеможливого можливе що Всевишнiй нас ...

…тiю ласкою i поможе нам спрiнутись як вiльнi на волi, i на цьому свiтi, Дорога Марусю i Ти Доронька моя Еленцю, Простiть що так мало пишу Вам як Одержу вiд Вас листа то напишу Вам Много i О пишу Вам про все.

(…) зара (з)  кiнчаю тих кiлька слiв до Вас Моï Дорогенкi, прощаюся з Вами цiлую Вас стискаю Вашi ручки зоставайте здоровi повсяк день Вашого Життя, 

Поздоровiть вiд Мене дорогого Синуся Модеста передайте йому Моï ä cерця горячi побажання i рiвноок усi Родинi.

Писав ваш Вам Рiдний Петро

 

Norilsk le 8 janvier 1951

 

Bonjour et mes salutations cordiales à ma chère épouse Maria et ma chère fillette Elena. Je vous salue et je vous souhaite une bonne santé, longue et heureuse vie. Chère Maria et toi ma chère fillette Elena, je vous informe sur ma santé et sur mon vécu : grâce à Dieu, je suis à peu près en bonne santé, mais c’est à vous que je souhaite meilleure santé. Ma vie est telle que je remercie Dieu tout puissant d’être encore vivant; ensuite, je ne sais pas. Dans ma situation, la vie est extrêmement difficile et triste, mais j’ai la foi et j’espère que Dieu tout-puissant ne nous abandonnera pas. Chère Maroussia et toi ma chère fillette Elena, je vous ai informé et j’avais espoir que j’allais bientôt...

…sortir, donc j’ai pensé que je prendrais un peu d’air libre. J’ai attendu cela jour après jour, mais finalement ils m’ont laissé ici, dans ce lieu maudit. Alors ne vous fâchez pas contre moi si je ne vous ai pas écrit, moi aussi je n’ai reçu de votre part que deux lettres : celle du 13 mai, du (21, 24, 27 ?) mai et une que j’ai reçue le 10 août, donc vous me manquez beaucoup et je ne sais pas ce que deviennent mes proches.

Maria et toi, Elena, quand vous recevrez cette lettre, répondez-moi : décrivez votre vie, Modest est-il en bonne santé, vous écrit-il? J'ai l'impression qu'il ne veut pas m'écrire. Il m’a envoyé seulement deux lettres, je ne sais pas pourquoi, j'imagine diverses raisons qui tiennent à lui et à la vie. 

Et vous, je ne vous oublie pas et je vis avec cet espoir que l’impossible deviendra possible, que Dieu…

… (avec) sa grâce nous aidera à nous retrouver comme des êtres libres et dans ce monde. Chère Maroussia et toi, ma chère Elena, excusez-moi si je vous écris si peu. Quand je recevrai une réponse de vous, je vous écrirai et je vous décrirai tout.

…maintenant je conclus sur ces quelques mots, mes chères, je vous salue, j’embrasse et je serre vos petites mains, soyez en bonne santé chaque jour de votre vie.

Saluez de ma part mon cher fiston Modest, transmettez-lui mes salutations cordiales et chaleureuses, ainsi qu'à toute la famille.

Votre cher Piotr

Transcription et traduction: Anastasia Gorelik

 

Fermer

Lettre d'Ukraine,
«Chère maman, j'ai reçu une lettre de papa»

  Богданiвка 20 VIII  51р

 

Першi слова мого листа Слава Iсусу Христу рiдна моя мамусю ти систричко Еленю, хов хочу вам написати пару слiв вiд свогорирого серця i вiд усьоï нашоï родини засилаю вам свiй сердечний привiт i поздоровленя iз свого рiдного Краю.

мамцю я богу дякувати здоровий которого здоровля i вам бажаю i здорова цiла наша родина но тiльки цьотка ганка усе слабують здоровля вних ниважни як сами знаети момо i вони ще ходять наробуту но кольгосп дядько дмитро тожи ходять нароботу на колгсп а я типер молю роблю аж наволиню вкомандiровцi всевожу зирно зколгоспiв но госпоставку тоя тепер нивдома часом як дощ тоя ïду додому мамцю ябув получив вiд вас листа i нивiтписав 

Бонибувiм вдома атипер я пишу листа посилаєм вам сегодня посильку яку випросили прислати

мамцю я ходив дотiï що була з вами згулубiчка i єїнибуло вдома кудись поїхала там казали i знову поїду туда донеї. мамцу я одержа вiд татуся письмо пишить що уже від мене одержали три листі а від вас уже багато листів одержали і ми їм післяли гроші 100 рур і ше посилку рихтуєм али листа нима ще від тата чи гроші одержали. мамцю напишіть що Еленя робить чиходить до школи івкотрой клас ходить і як вчиться бомені дужи кучно занею і буду єї просити щоб гарно вчилася бо наука людині непомішає вжиті і лекше можна жити всвіті рідна сестричко Еленю напиши мені 

...

свою рукою хоч пару слів то мені буди висиліше на серцю. мамцю стипань бабин уже в армії служить ульвівскі області город Магери і уже нас беруть на трету комісію уже остатно говорать що осіню забируть в армію низнаю як дальше буде я напишу

ави мені тожи опишить як живети яке здоровля ваше і Еленї і де що робити 

Кінчу свою дорогу розмову Поздоровляю вас мамцю Еленю бажаю вам щастя здоровля многая літ прожити Кращої долі діждатись стискяю вашу руцю і цілую которою вимене пригортали і Поздоровляють дядьо цьоцьа і цьоца мариня баба бувайти здорові домилого зобаченяпа.па

                                         Писав ваш Син Маш Мадест

                           Прошу скорий віпис 

 

Lettre de Modest, d'Ukraine, à sa mère et sa  sœur Elena, en Sibérie

Bogdanivka 20/VIII  1951

 

Gloire à Jésus-Christ, ce sont les premiers mots de ma lettre. Ma chère maman et toi, ma sœurette Elena, je souhaite vous écrire ces quelques mots de tout mon cœur et de la part de toute notre famille. Je vous envoie mon salut chaleureux et les vœux de mon cher pays.

Chère maman, grâce à Dieu, je suis en bonne santé ce que je vous souhaite aussi. Notre famille est également en bonne santé; seule tante Hania devient plus faible, sa santé n’est pas formidable, comme vous le savez. De plus, elle continue à aller au travail, dans le kolkhoze. L’oncle Dmitri va travailler dans le kolkhoze aussi, tandis que moi, je suis en mission en Volynie. Je transporte les céréales des kolkhozes au marché public, et je ne suis donc pas pas à la maison maintenant. Je rentre à la maison seulement quand il pleut. Chère maman, j’ai reçu votre lettre et je n’ai pas répondu…

... puisque je n’étais pas à la maison, alors que maintenant j’écris cette lettre et nous vous envoyons aujourd’hui le colis que vous avez réclamé.

Chère maman, je suis allé chez celle qui a été avec vous … mais elle n’était pas chez elle, là-bas ils ont dit qu’elle était partie quelque part, mais je me rendrai à nouveau chez elle, là-bas. Chère maman, j’ai reçu une lettre de papa, il écrit qu’il a reçu trois lettres de ma part, tandis que de vous il en a reçu déjà beaucoup. Nous lui avons envoyé de l’argent, 100 roubles, et nous lui préparons également un colis, mais il n’a pas encore répondu pour dire s’il avait reçu l’argent. Chère maman, écris-moi ce qu’Elena fait, va-t-elle à l’école, dans quelle classe est-elle, comment vont ses études, car elle me manque beaucoup et je lui demanderai d’être une bonne élève, car le savoir ne nuit jamais à l’homme dans la vie et rend possible de vivre dans le monde plus facilement. Chère sœurette Elena, écris-moi

...au moins  quelques mots de tes propres mains et mon cœur en sera plus joyeux. Chère Maman, Stepan de grand-mère est déjà à l’armée, il fait son service dans la région de Lvov, à Magierow et nous, nous avons déjà été appelé à la troisième commission; ils répètent qu’en automne ils me prendront à l’armée, je ne sais pas ce qui se passera par la suite, je vous l’écrirai.

Décrivez-moi à votre tour votre vie, votre santé et la santé d’Elena. Je vous souhaite bonheur et santé, longue vie et meilleur destin. Je serre et j’embrasse vos mains, les mains qui m'ont câliné. Mon oncle, ma tante, tante Marina et grand-mère vous saluent également. Soyez en bonne santé et au plaisir de nous rencontrer pa.pa

                                             Votre fils Mach Modest

                                    S’il vous plaît, répondez au plus vite 

Transcription et traduction: Anastasia Gorelik

 

Fermer

«Je pense que, d'une manière ou d'une autre, jusqu'à la mort je tiendrai»

  Норильск. дня 10/IV. 5(1?).

 

Дорога Марусю i ти Дорогенька донечко Еленцю, знаближаючайся Весною з днем Праздника i воскресення Христова Витаю Вас, Христос Воскрес, з любови до вас з Серця i душi бажаю вам i Вашим подругам доброго здоровля в повностi на бравшись сьвiжих, Сил, що тя довгих лiт доброго i веселого життя .

Дорога Жена Марусю  (…)

Я Сегодня Отримав вiд Вас письмо за ко(торое)  вам дуже сердечно дякую, Якого я ожидав вiд вас i прийняв з радостiю, но схвилювало Мене що ти Марусю нi Слово не вiд повiля, я признаюсь тобi  що я нi серцем нi словом не подумав злого супроти тебе i думка незродилась, Марусю я коли Одержав вiд Б-р. Дмитра листа дня 18.го листопада i вашу Адресу я зара (з) написав первих два письма до тебе, в груднi знову два Оден на Еленцю з побажанiом Нового Року i сьвят Рож. Христова i ваше письмо яке я перве Одержав.

... Я описав Вам про мвое здоровя i пережиття i подрiбно i ваше, i Оставшого синояко Модуся та про цiлу Родину , .. дня. 9 . сiчня я одержав ваше друге письмо з фото карткою, i вдруге навiдпо(вiдь) з подякою в мiсци написав Тобi i Еленцi, По Адресу Еленцi, в повностi я надiявсь щови Одержети, i знетерт(п)еливiстю дожидав вiд Вас вiдповiдi

Марусю може ти подумала що так не терпiливо Ожидала виходила навстрiчу авiн так довго не писав заледви перви письмо i то на Еленцю Ожидав пока з може ему сама написати.

Мовби тоя нiчо або гiрша недовiряя а бiльш (...Еленцi) Дорога Марусю Я недумав цiого i недумаю А вiрив i знаю що ти своïм дiтюм Мама. Я не маю рiзницi що ти менi жiнка а Еленя, Донечка, ти сама не скажеш що любиш бiльш себе чи мене як свою дитину бо знаеш що тiльки товя одна любов i надiя будучого що задля його живеш, Марусю я думаю щоти знаеш Мене що я ни числив тiльки насебе i насвое життя а без рiзницш що ти той i я, i нашi Дiти, то одна наша любов i наше будуче i судьба для нас випала одна, i наших дiтей, i сегоднi я думаю тiль  просебе а про теби i нашiх дiтей (…) i знаю щови слабшi духом тiлом i здоровйом що вам бiль треба помогати як Mенi

...(Як) Мужчина зможу скорiш сам собi раду дати Якви в такiм пережитi, Марусю, Я Як виïздив з Тернополя, я передав письмо Б-р Дмитрови i просив Його щоб вiн не забував про вас про теби i Маленьку Донечку Еленцю, та Оставшегося сирiтку синочка Модеста щоб вiн був его Батьком i Опiкувався ним його здоровям i життям, а вам що буде всилi i можностi помагав хотяй зтого що позiстало, а замени забувайте наякмйсь час як зможу так буду жив боя сам безрадний на пораджу нiчого бо Остала вспинi тiльки Одна надiя якою живу i задля того я вас спросив в письмi бо я найбiльш думав про ваше життя i здо(ровля)

Дорога Марусю, Еленцю запитуе мене ше нуждаюся  тови вислети посилку я дуже дякую за вашу думку i ваше серци що не забуваете Мене но я не бажаю бо знаю що ви самi щови багато немаети i слабе здоровя i що буде завтра...,

Бережiть Себе i свого здоровля а Я тут неголоден Хлiба ест унас настiльки нiхто не думае за хлïб а що маленько до хлiба товже найменеше. були часи i голоднi в сiляко переходило то якось пережив а зара лучше i меньше Осталося чим  двайцять лiт каторги, всiо (всю) пройдя коп тiльки здоровя а життя i смерть побiдить,  

... i знову життя, Ми жевем но пойку получаю в день сiмсот грам хлiба одна лiтра суп пiв лiт, кашi сiмдесiат грм. Риби оден оладик, повнестю висторгае, я ще нироблю а дальше низнаю, зперва робив на рiжних роботах i кравцем i шевцем муляром щикатуром будiвничим хлiборезом i на общих роботях що тiльки хочеш, державсь до сорок девятого, пока недуга не зло мила, запаленя леченiв паролiок серци бiль голови, дуже тяжко клiмат вiчно мерзлотя заполярiи, я уже два роки не роблю дальше низнаю як буде уже по трохо здоровий дуже скучаю за Вами думаю чи прийдется звами стрiнути, i побачити Родину снова та взаïмно хоть поговорити, зiсвоïми рiдними Марусю, Тута много людей з рiжних сторiн i знаших поблиских сiл, роблять Мають зачоти за оден день робочий зачислють два днi i три  днi получають грошi вiд сто до двiстi залежить де хто робить i яку роботу, е взонi столова що можна купити зïстя добавити що там собi, но менiзавшо в моïм життi получается на оборот як було ще здоровя то робив задармо, а зара можно пiдробити нiмношк то мале здоровля но я затим не скучаю як нибудь думаю до смерти видержуi знову життя, Ми жевем но пойку получаю в день сiмсот грам хлiба одна лiтра суп пiв лiт, кашi сiмдесiат грм. Риби оден оладик, повнестю висторгае, я ще нироблю а дальше низнаю, зперва робив на рiжних роботах i кравцем i шевцем муляром щикатуром будiвничим хлiборезом i на общих роботях що тiльки хочеш, державсь до сорок девятого, пока недуга не зло мила, запаленя леченiв паролiок серци бiль голови, дуже тяжко клiмат вiчно мерзлотя заполярiи, я уже два роки не роблю дальше низнаю як буде уже по трохо здоровий дуже скучаю за Вами думаю чи прийдется звами стрiнути, i побачити Родину снова та взаïмно хоть поговорити, зiсвоïми рiдними Марусю, Тута много людей з рiжних сторiн i знаших поблиских сiл, роблять Мають зачоти за оден день робочий зачислють два днi i три  днi получають грошi вiд сто до двiстi залежить де хто робить i яку роботу, е взонi столова що можна купити зïстя добавити що там собi, но менiзавшо в моïм життi получается на оборот як було ще здоровя то робив задармо, а зара можно пiдробити нiмношк то мале здоровля но я затим не скучаю як нибудь думаю до смерти видержуi знову життя, Ми жевем но пойку получаю в день сiмсот грам хлiба одна лiтра суп пiв лiт, кашi сiмдесiат грм. Риби оден оладик, повнестю висторгае, я ще нироблю а дальше низнаю, зперва робив на рiжних роботах i кравцем i шевцем муляром щикатуром будiвничим хлiборезом i на общих роботях що тiльки хочеш, державсь до сорок девятого, пока недуга не зло мила, запаленя леченiв паролiок серци бiль голови, дуже тяжко клiмат вiчно мерзлотя заполярiи, я уже два роки не роблю дальше низнаю як буде уже по трохо здоровий дуже скучаю за Вами думаю чи прийдется звами стрiнути, i побачити Родину снова та взаïмно хоть поговорити, зiсвоïми рiдними Марусю, Тута много людей з рiжних сторiн i знаших поблиских сiл, роблять Мають зачоти за оден день робочий зачислють два днi i три  днi получають грошi вiд сто до двiстi залежить де хто робить i яку роботу, е взонi столова що можна купити зïстя добавити що там собi, но менiзавшо в моïм життi получается на оборот як було ще здоровя то робив задармо, а зара можно пiдробити нiмношк то мале здоровля но я затим не скучаю як нибудь думаю до смерти видержу

...Дорога Марусю i Ти Еленцю,

Нижалуйтесь на мени, знаю що болючо i прикро, я хотiв чим скорiш авоно получается на оборот, дорогенька Моя i Менi не подушi болючо вiдчуваю твоï бажання я повнiстю надiявсь що Ви моï письма Одержите, i, я знетерпиливiстю Ожидав вiд вас вiдповiдi, а коли я Одержав вiд вас письмо оденоше так тiль вiд Еленцi то я зродушiв що ви моех чотирох листiв неотримали тiльки останнiй з (…) ciчня. в який мало жив Маркл i по Адресi Еленцi, Мною потрясло болючо знаеш Мiкацi пройш (…) i не так скоро знову роспишеся, А в нас розрiшають тiльки 2-во письма в мiсяц сюди можна бiльше, Марусю, на пиши на пиши ти бiльше знаеш хто на нашi хатi живе чи сосiди ще живуть тi добрi що ми були солю в ïх очях, i сестра настя i ганка живi та здоровi чи писали до теби i про Iвана Мiха, чи вiн Оженився не споминали нiчо пронего, жаль що Б-р, Д-м, Попов (…) курорт. Пiсля Гуляння Милий.  

...

...

Спочинок Одно що трохо за до вас Менi що то предчувалося, снилося Менi ще посьвятах що дуже зуби болiли i Я витягнув половину зуба, i ми мучило через кiлька днiв i ночей заснути немiг думав про Вас i про модя щоб чолом що не сключилося,  Я Модiови написав щоб вiв себе чесно берiх свого здоровя i життя слухав дя-Д-м який виховував йго i вказував дальшу путь его життя, напиши Марусю чи вислав вам свою фото карточку бо я дожидав хотiв так подивитеся на нiого як виглядае i трудно писав що вислав що в груднi i досигоднi нема.

Марусю i Ти Дорогенька Еленцю пишiть до мене часто, недумайте що Я за Вас забув, хоть далеко  Я iз вами, но серцем душою Я завше Мiж. Вами,

Дорога Марусю i Ти Дорогенька Еленцю, кiнчу свою розмову звами прощаю вас, цiлую  Вашi уста солодкi бажаю Вам, Веселих Свят, 

Христос Воскрес

Бажае Вам Твiй Муж i рiдний

Петро, М- 

 

Norilsk. 10/IV. 51(?)

 

Chère <abr diminutif de Maria> Maroussia </abr> et toi, chère fillette Elena, je vous salue avec le printemps qui arrive, Joyeuses Pâques, le Christ est ressuscité, avec amour pour vous et vos amis, je souhaite de tout mon cœur et mon âme bonne santé, que vous preniez des forces, longue vie bonne et heureuse.

Ma chère épouse Maroussia (…)

J’ai reçu aujourd’hui votre lettre, et je vous remercie cordialement, je l’ai attendue et je l’ai reçue avec joie, mais ce qui m’a inquiété, c’est que toi, Maroussia, tu ne m’as pas écrit un seul mot. Je t’avoue que je n’ai rien pensé de mal contre toi, ni dans mon cœur, ni dans la pensée. Maroussia, quand j’ai reçu la lettre de mon frère Dmitri, du 18 novembre, et votre adresse, je t’ai écrit tout de suite deux lettres, puis deux encore en décembre, une lettre pour Elena avec mes vœux pour le nouvel an et Noël et une réponse à votre première lettre que j’ai reçue.

...Je vous ai décrit l’état de ma santé et mes inquiétudes sur vous et mon fils délaissé Modest et sur tous mes proches, …le 9 janvier j’ai reçu votre deuxième lettre avec la photo, et tout de suite, je vous ai répondu et je vous ai remercié  Toi et Elena, à l’adresse d’Elena en espérant tant que vous la receviez et j'ai attendu avec impatience votre réponse.      

Maria, tu as peut-être imaginé quelque chose, tu attendais avec impatience, tu sortais attendre le facteur mais il [Piotr, dans ce passage écrit à la 3e personne] n’écrivait pas depuis tant de temps; et voici seulement la première lettre qui arrive et elle est pour Elena. Il [Piotr] a attendu quand elle-même (Maroussia, l’épouse de Piotr) pourrait lui écrire. 

Comme si j’étais nul ou comme si je te faisais moins confiance qu’à Elena. Chère Maroussia, je ne pense pas et je ne pensais pas ceci, mais je croyais et je sais que tu es la maman de tes enfants. Je ne fais pas de différence, tu es mon épouse et Elena est ma fillette. Toi-même, tu ne diras jamais que tu t'aimes ou que tu m'aimes plus que ton enfant, car tu le sais, tu vis par ce seul amour et cet espoir en l’avenir. Maria, je pense que tu me connais, je ne pensais pas uniquement à moi et à ma vie, bien au contraire : ce que tu es, c’est ce que je suis et nos enfants, c’est  notre amour et notre avenir, et nous et nos enfants n'avons qu'un seul destin.  Aujourd’hui encore je pense à moi, à toi et à nos enfants (…) et je sais, que vos esprits, vos corps et votre santé sont plus faibles, que vous avez besoin de plus de soutien de moi,  

 

...Etant un homme, je pourrais donner plus facilement conseils, mais vous, Maroussia, comment faites-vous avec tous ces soucis ? Quand je suis parti de Ternopol, j’ai transmis une lettre à mon frère Dimitri et je lui ai demandé de ne pas vous oublier: toi, ma petite fille Elena et mon fiston Modest, devenu orphelin. (Je lui ai demandé) qu’il [Dmitri] soit son père [de Modest] et qu’il prenne soin de lui, de sa santé et de sa vie. En ce qui vous concerne, s’il y a des forces et des possibilités, laissez-vous aider, au moins avec ce qui reste. Et moi, oubliez-moi, d’une manière ou d’une autre, je survivrai comme je pourrai, puisque je suis invincible, alors ce n’est pas grave, (juste) que mon dos aille mieux. Je vis avec un seul espoir et pour cela je vous ai demandé dans les détails de votre vie et des nouvelles sur votre santé auxquelles je pense tant. 

Chère Maroussia, Elena me demande si j’ai besoin de quelque chose pour que vous m’envoyiez un colis. Je vous remercie sincèrement pour ces pensées et pour votre cœur, vous ne m’oubliez pas. Mais je ne souhaite pas de colis, puisque vous-même n’avez pas beaucoup et que votre santé est faible et qui sait demain…,

Prenez soin de vous et de votre santé; ici je n’ai pas faim : il y a tellement de pain, que personne n’y pense, bien que ce qui va avec le pain, il y en a beaucoup moins. Il y a eu aussi des périodes de famine, il y a eu tout, mais j’ai survécu et maintenant ça va mieux, et il me reste moins de vingt ans de travaux forcés. Tout passe, s’il y avait seulement la santé, et la vie l’emportera sur la mort.            

...… et à nouveau la vie, nous vivons. Je reçois la ration journalière suivante : sept cent grammes de pain, un litre de soupe, une livre de </abr bouillie de sarrasin> kacha</abr>, soixante-dix grammes de poisson, une crêpe – cela suffit entièrement. Je ne travaille pas encore, mais ne sais pas ce qui va arriver prochainement. Au début j'ai fait divers travaux : tailleur, cordonnier, peintre en bâtiment, plâtrier, bâtisseur, j’ai coupé le pain et j’ai travaillé aux travaux collectifs – tout ce que tu veux. J'ai ainsi tenu jusqu'à l’année quarante neuf, quand la maladie m'a cassé : la pneumonie, les maladies du cœur, le mal de tête, le climat qui est extrêmement difficile – le pergélisol polaire. Je ne travaille plus depuis deux ans déjà et ne sais pas ce qui va se passer prochainement mais je me sens déjà un petit peu mieux. Vous me manquez beaucoup, je me demande : pourrai-je vous rencontrer et à nouveau revoir mes proches et parler avec eux. Maroussia, il y a beaucoup de gens ici de partout et aussi de nos villages voisins ; ils travaillent, deux-trois jours de travail sont comptabilisés pour une journée de travail, ils reçoivent de l’argent, de cent à deux cents roubles en fonction du lieu et de la nature du travail. Dans la zone il y a une cantine où il est possible d’acheter de la nourriture en plus. Alors que chez moi comme toujours, tout dans ma vie se trouve à l’envers : quand j’avais la santé, je travaillais gratuitement et maintenant, quand il est possible de gagner un peu, je n'ai plus la santé. Mais le travail ne me manque pas, je pense, que d’une manière ou d’une autre,  je tiendrai jusqu’à la mort.

... [page manquante]

...Premièrement, en ce qui vous concerne, je pressentais quelque chose, déjà pendant les fêtes, j’ai rêvé que j’avais mal aux dents et que j’ai cassé et sorti la moitié d’une dent. Ce rêve m’a torturé pendant quelques jours et je ne pouvais pas dormir la nuit, j’ai pensé à vous et à Modest, en espérant que rien de grave ne se produirait. J’ai écrit à Modest pour qu’il se conduise honnêtement, soigne sa santé et sa vie, écoute l’oncle Dimitri qui l’éduque et lui montre la voie à suivre dans la vie. Maria, écris-moi. Modest t’a-t-il envoyé sa photo, je l’ai tant attendue, je voulais tant le regarder, voir à quoi il ressemble. Il a écrit et souligné qu’il te l’a envoyée en décembre, alors que je ne l'ai toujours pas reçue.  

Maria et toi, chère Elena, écrivez-moi plus souvent, ne pensez pas que je vous ai oubliées, même si je suis loin, je suis avec vous, de tout mon cœur et mon âme, je suis toujours auprès de vous. 

Chère Maroussia et toi, chère Elena, je conclus cette discussion avec vous, je vous salue, j’embrasse vos bouches sucrées et vous souhaite de joyeuses fêtes,

Christ est ressuscité,

ton époux et cher

Piotr, M. 

Transcription et traduction: Anastasia Gorelik

 

Fermer

lettre d'Ukraine en Sibérie «Gloire au grand Staline»

 Дня 5/3.   1945.

 

На твій лист відзиваюся до Теби моя найдороша братово Ми дякувати Богу потрохи здорові ни такі як треба жиєм а поводится дуже добри якого добра і здоровля Вам жилим зі серця і з любовю до вас к утру ми відчуваєм на душі і на тілі нашої взаїмної родіни, дороги брато(ва)...Як там Модю Господи (як ти) зроби(...) волоцюгою нам (чи) триматися дому не учиться а навіть до Мени нихочи відатися бо на мовляють его щоб зімною нистричався (ти) твоя сестра гануська що себе так все (...)

...а  типер і дуже добри вилика господині а він господар та ше до того дужи чесний що наробив тобі такого добра і труду що кажи вона б мені того низробила то правдою що нє а він не знає що ему більше зробилося що забрав твою працю і на крив собі хату і нічого навіть ниспільне що може треба якось помагати бо ми невзгоді так як пес зі собакою завши друтся як тілько ти виїхала а ту я ще троха не здужаю і жінка Модиста вже кілька разів гонили 

 

…від себе іди кажи до єї фамілії Али що робити Мусим терпіти може і для нас ще Бог має і на городить своєю ласкою ми просим єго помочі в день і в ночі за Ваше здоровля Опіку Надію ми вашім щоденнім життю, дорога братова тільки все поступай чесно привітно слухай своїх зверхників шануй себи і дитину і других з которими працюєм і жиєм то певно же будуть тебе любили ни гридися ни сумуй будь завсігди весела з вірою в майбутнє

…дорога братово напиши як як треба тобі грошей то ми тобі вислим а може бі знайшла ласку що тобі лекши було і дитині то як ось давай собі раду позатим в нас всю добри та як завши тілько просим Вас напишіть до нас. Дорога наша братова і Еленцю здоровимо Вас цілуваням ваших уст і жилим Вам всю що собі бажаєм зоставайте здорові раз на все.

Слава Виликому Полководйові і Воєводові Тов. Сталіну

 

Lettre d'Ukraine, de l'oncle Dimitri, à Maria et sa fille Elena, en Sibérie

Le 5/3 1945

 

Ma chère belle-sœur je réponds à ta lettre : Dieu merci nous sommes en bonne santé, nous vivons non seulement comme il faut, mais en fait très bien et cette bonne santé, ce bien-être, nous vous les souhaitons de tout notre cœur et de tout notre amour. Le matin, nous avons l’impression que le corps et l’âme de notre Patrie commune, mes chères belles-sœurs  ( … ) Comment va Modest là-bas ? Mon Dieu, que peut-on faire ? Le fainéant, il reste à la maison, ne fait pas d’études et ne veut même pas venir me voir, car toi et ta sœur Hanouchka (qui a toujours été…) vous l’incitez à ne pas me rendre visite (…) 

…et maintenant elle est la bonne et grande maîtresse de maison et lui en est le maître, de plus si honnête que cela lui a valu de tels biens et un tel travail, comme si elle me disait que tout cela a été obtenu avec pure honnêteté. Et lui, il ne sait pas que bien mal acquis ne profite jamais, il a travaillé et « a enrichi son confort », comme si on n’avait rien de commun. Peut-être faudrait-il s’entraider, puisque nous avons des malheurs, mais au contraire (nous sommes) comme chien et loup qui nous battons tout le temps. Quand tu es partie, je suis devenu un peu malade, tandis que la femme de Modest a tenté à plusieurs reprises de nous mettre à la porte     

…de chez elle, va, nous a-t-elle dit, dans ta famille. Mais que faire, nous devons supporter, et Dieu a peut-être encore de la tendresse pour nous, avec laquelle il nous récompensera. Jour et nuit, nous lui demandons son aide, prions pour votre santé et pour chaque jour de votre vie, le remercions pour votre protection, votre espoir. Chère belle-sœur, soit honnête, écoute avec bienveillance tes contemporains, respecte-toi, ton enfant et les autres, avec qui nous travaillons, nous vivons, et tu seras aimée ; ne sois pas triste, sois joyeuse, crois en l’avenir  

…chère belle-sœur, écris si tu as besoin d’argent, alors nous allons t’en envoyer, et aussi, peut-être trouveras-tu de la tendresse, et ce sera plus facile pour toi et pour ton enfant; et, sur ce, je conclus; chez nous tout va bien et tout est comme toujours, nous vous demandons juste que vous nous écriviez. Chère belle-sœur et Elena, nous vous saluons, vous embrassons et vous souhaitons tout ce que nous nous souhaitons à nous-mêmes, une bonne santé.   

 Gloire au grand général et  gouverneur le camarade Staline!

Transcription et traduction: Anastasia Gorelik

 

Fermer

Au verso d'une carte où figurent les camps...


Еленю

Сама собі оброби і зроби куктасики нєо пізніши дошию і зошию доблюзочки сарафаньчик бувай здорова


Elena

Prépare les pompons et arrange-les, je les terminerai et  les coudrai sur la blouse et sur la robe. Sois en bonne santé

Transcription et traduction: Anastasia Gorelik