Mémoires Européennes

du Goulag

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La soviétisation en noir et blanc

Il ne manque plus que des couleurs à cet album du NKVD (voir le média photo« Les premiers habitats des paysans relégués dans le Nord ») qui illustre ici ce que doit être, aux yeux des autorités, la soviétisation.

Si la légende est limpide « Les villages de travail sont une école de la refonte », l’image n’en est pas moins éloquente. En relégation comme ailleurs, les collectifs prolifèrent et le travail ne peut se faire qu’en brigades qui se déclinent au féminin comme au masculin. On immortalise l’effort collectif et la fierté de la mécanisation.

Les valeurs sociales soviétiques sont véhiculées par l’adhésion des « ex-koulaks » aux diverses institutions intégratives: ici un groupe de pionniers ou d’écoliers, là un club d’activistes affairés sous l’oeil vigilant de Staline, ou encore un cercle de musiciens amateurs.

L’image de cette famille endimanchée réunie autour d’une table bien garnie est une parfaite allégorie de la réussite sociale. Moins maquillés sont les portraits de ces individus promus au rang de  «  stakhanovistes », travailleurs de choc, pour avoir acquis une compétence au fil de leur rééducation. Ces clichés insolites d'un certain A.R. Berfort et A.P. Lavrentev, pareils à ceux des prisonniers au lendemain de leur arrestation, ne trahissent-ils pas la veine du NKVD?

 

Les légendes sont celles de l'album du NKVD.

Les deux dernières légendes, complètes, sont les suivantes:

12 

 La stakhanoviste  Befort A. R., porchère de l’artel spécial du village de travail “Nemetskij” a élevé quatorze porcelets d’une même portée

.

 

13. Le stakhanoviste Lavrentev A. P., horticulteur-jardinier du village de travail “Nemetskij”. En 1936, il a été  

récompensé de 75 roubles par le Comité d’expositions pour ses résultats en matière d’horticulture.