Vivre après le goulag Entre silence, solitude et stigmatisation

 

Les retours des camps et de déportation commencent pour une minorité au lendemain de la guerre, mais la grande vague des amnisties et libérations débute après la mort de Staline et se prolonge jusqu’au début des années 1960.

Prisonniers et déportés rentrent, après un long voyage, dans un pays natal inconnu, qui a changé de régime politique et parfois de frontières (Pays baltes, Pologne et Ukraine occidentale), dans des familles souvent décimées par la guerre et la répression et soumises, comme toute la population, à un contrôle systématique de leur histoire.

Cacher et taire les traces de ce passé dangereux pour tenter de reconstruire une vie dans un monde social aux contraintes multiples et protéger ses proches, est une stratégie partagée par les survivants et leurs familles. 

Mais le silence dans lequel cette stratégie les enferme imprime aux souvenirs du retour et de la réinsertion le poids douloureux de la solitude et de l’isolement, doublé par l’éloignement des compagnons de détention.

Pour la plupart, malgré tous leurs efforts, le stigmate de ce passé infamant fera de la quête d’un logement légal, d’un travail, de la reprise des études, ou de l’entrée dans les organisations de masse, un parcours semé de frustrations et de dangers.

Ce n’est qu'à la fin des années 1980 que la pression politique se relâche et que petit à petit paroles et souvenirs refont surface dans l’espace familial et public.

Texte : Marta Craveri et Anne-Marie Losonczy