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Les exilés ne subissent pas sans tenter, par divers moyens, d'échapper à leur sort. Avant même la mort de Staline, déportés lituaniens, ukrainiens, d'ailleurs écrivent pour clamer l'injustice, pour dénoncer l'erreur. Ils écrivent aux plus hautes autorités de l'état soviétique, aux autorités de leur république, président du présidium du soviet suprême, premier secrétaire du parti, procureur général d'URSS, commissaire ou ministre de l'Intérieur, etc. La plupart de ces requêts ou plaintes restent sans réponse positive, même s'il arrive qu'exceptionnellement le ministère de l'Intérieur, en cas d'erreur évidente (homonymie par exemple), en cas peut-être aussi de déportation d'un indic, accèdent à la demande de libération.

Les changements sont considérables après la mort de Staline, lorsque les commissions qui examinent les plaintes et requêtes deviennent beaucoup plus ouvertes et y répondent, partiellement ou totalement, positivement, comme en Lituanie, dans une moindre mesure en Ukraine. Les autorités des diverses républiques reçoivent des milliers de lettres réclamant libération, restitution de la propriété confisquée, etc. Ces lettres, parfois très courtes, parfois de plusieurs pages, offrent à voir comment ces exilés, ces réprimés, s'adressent aux autorités pour les convaincre. Ils racontent leur vie, à leur manière; ils espèrent attirer la pitié, ils expriment leur colère.

Alain Blum et Emilia Koustova