Placid Karoly Olofsson Un prêtre dans les camps

 

Le père Placid Karoly Olofsson naît en décembre 1916 à Rákosszentmihály en Hongrie, d’un père professeur de lycée et peintre à ses heures et d’une mère d’origine allemande. Il grandit dans un milieu intellectuel, très chrétien, et en 1933, au sortir d’un lycée bénédictin, il fait des études de théologie et de langue et civilisation germaniques. Il obtient un doctorat et est ordonné prêtre. 

Pendant la guerre, il est aumônier dans un hôpital militaire, puis enseigne dans un lycée catholique en province, ensuite à Budapest. En janvier 1946, la police politique hongroise l’arrête. Il est condamné à 10 ans de travaux forcés car sa participation, lors des élections libres en 1945, à la campagne électorale pour le parti des petits propriétaires est considérée comme un crime. Il est d’abord enfermé dans une prison de Budapest gardée par des soldats soviétiques. Assigné au nettoyage des couloirs, il peut chanter (en hongrois sans que les gardes s’en rendent compte) l’extrême-onction aux condamnés à mort. Pendant toute sa période de captivité, il se donne comme tâche de «réveiller l’esprit» de ses compagnons prisonniers, de les réconforter, pour qu’ils «sentent la présence de Dieu» et pour qu’ils se sentent humains. Pour lui, ce n’est pas l’armée Rouge qui l’a envoyé au goulag, c’est la volonté de Dieu qui l’a soumis à cette épreuve. «Dieu a beaucoup d’humour et de sens de l’ironie», dira-t-il. Ainsi, durant toutes ces années au goulag, au prix de mille astuces, il fera toujours son «devoir» : célébrer la messe, la nuit dans la baraque, avec du jus de raisin et du pain azyme, tout comme organiser les «concours des petits plaisirs de la vie “pour que ses compagnons puissent dépasser le contexte”». Il travaille à la coupe du bois puis dans la fabrique de meubles. Un jour, il devient le peintre du camp et fait des portraits des gardes ou des prisonniers de droit commun. Il est libéré en 1955 et rentre à Budapest, où il ne peut plus exercer son sacerdoce. Il trouve du travail dans une serrurerie où il perd un doigt. Accusé de sabotage, il finit ouvrier dans la laverie d’un hôpital dont il devient le directeur, tout en dirigeant des groupes de prière clandestins. Depuis sa retraite en 1977, il renoue progressivement ses liens avec l’Eglise et exerce comme prêtre encore aujourd’hui.