Les Statuts

 

Au terme du transport, après des jours, parfois des semaines passés dans le train, l’horizon de vie n’est pas forcément le camp de travail forcé. Il ne l’est que pour ceux qui ont fait l’objet d’une condamnation pénale, aussi sommaire soit-elle. Or, la majorité des déportés européens ont été arrêtés à la suite de décrets collectifs de déportation, rendus par les autorités administratives et policières. Ces derniers visaient tantôt les familles de «nationalistes» des Républiques de la bordure occidentale annexée pendant la guerre, tantôt des communautés ethniques entières suspectées de collaboration avec l’occupant nazi, tantôt des catégories sociales mal définies (les «éléments socialement étrangers»). Les autorités régionales du «Far East» soviétique les affectaient alors à des fermes collectivisées, à l’exploitation forestière ou minière. Il s’agissait d’une forme de colonisation forcée, dans des terres lointaines et le plus souvent inhospitalières, où tous les déportés étaient assignés à résidence. Au-delà de cette communauté de destins, les statuts étaient divers et changeants (recouvrant des droits limités ou au contraire étendus comme celui de pouvoir faire des études). Pour la plupart, l’autorisation de quitter les lieux s’est faite attendre jusque dans les années 1950-1960.

Texte : Catherine Gousseff et Marc Elie



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