Les libérations des déplacés de Lituanie

 

Les libérations des déplacés spéciaux des territoires occidentaux se mettent en place lentement, après la mort de Staline. Cette lenteur exprime les multiples hésitations et réticences des autorités: méfiance très forte vis à vis de populations qui pourraient relancer des actions insurrectionnelles; craintes des tensions lors des retours; réticences des régions dans lesquelles ont été déplacées ces populations, craignant de perdre une main d'oeuvre précieuse et peu coûteuse.

En Lituanie, les libérations se font par deux canaux:

  • Des décrets libèrent collectivement des groupes de déplacés entre 1954 et 1965, en miroir des décrets qui ont décidé ces déportations: sont ainsi d'abord assouplies les conditions restrictives auxquelles étaient soumises ces populations, puis progressivement les divers "contingents" de déplacés sont libérés : "Familles de complices de bandits", "familles de bandits", etc.  Cependant, très souvent, les personnes libérées n'obtiennent pas le droit de retourner en Lituanie, droit qu'elles doivent alors réclamer individuellement auprès des autorités républicaines.
  • Des commissions organisées autour des plus hautes instances administratives de la république traitent par ailleurs des plaintes et autres requêtes envoyées par les déplacés spéciaux qui demandent libération, droit au retour ou restitution de leurs biens. De nombreuses familles paysannes sont libérées par ce canal, avant que les décrets collectifs n'en élargissent le cercle. Des milliers de lettres sont ainsi envoyées, dès avant 1953 jusqu'à la fin des années 1980, entraînant des enquêtes de police, de nouveaux témoignages d'habitants du même village, etc.

Alain Blum et Emilia Koustova