Elena Petrovna Un long silence

 

Elena Petrovna naît en 1937 dans un petit village d’Ukraine. En 1944 ou 1945, les Soviétiques arrêtent son père, Piotr, le considérant comme partisan de Bandera, car il porte un nom à consonance allemande. Il est envoyé dans un camp, dans le Grand Nord sibérien, à Norilsk. Elle et sa mère sont déportées en Sibérie. Seul son frère en réchappe, car il était absent lors de la venue des soldats.

Sa mère travaille dans une exploitation forestière, comme beaucoup de déportés de ces régions, et ses talents de couturière lui permettent d’améliorer leur quotidien et de vivre mieux que le commun des déportés.

A l’école de nombreux enfants avaient perdu leur père au front. Un jour, les enfants du village traitent Elena de partisan de Bandera, d’ennemie du peuple. Ils la considéraient alors comme une fasciste, responsable du décès de leur père.

Son père écrit régulièrement des lettres à sa mère, ainsi que son oncle resté dans son village natal. Certaines lettres, écrites peu avant la fin de la guerre, se terminent par «Gloire au grand Staline»… L’une d’entre-elles est datée du <abr Staline est décédé le 5 mars 1953…> 5 mars 1945</abr>… Son père meurt peu après le décès de Staline, alors qu’il allait être prochainement libéré. Un jour sa mère lui dit simplement «On est libre.» Elle n’en saura pas plus. Elle sera komsomol, ne se souvient pas d’interdits.

Le silence, imposé par une peur persistante, a dominé sa vie jusqu’à aujourd’hui. Elle n’a pas parlé de son histoire à ses enfants. Elle a demandé que son récit soit anonyme. Sa fille a cherché à reconstituer ses origines, sa vie, le parcours de sa famille, toute seule.