Enfances au goulag

 

Plusieurs vagues de déportations accompagnent, à partir de 1940, l’avancée de l’armée Rouge sur les pays baltes et en Pologne orientale. Les familles sont envoyées avec leurs enfants dans des villages très éloignés de Sibérie et en Asie centrale ; certains y naîtront. Si quelques enfants furent scolarisés, d'autres durent travailler. Parfois, ils firent l’expérience des orphelinats.
A partir de 1944, au fil de l’avancée soviétique vers l’ouest, des centaines de milliers de familles paysannes sont déportées et une importante population d’enfants et d’adolescents est arrêtée, interrogée, jugée pour «nationalisme» ou «espionnage» et condamnée à de lourdes peines de travaux forcés dans les camps du Goulag. Déportation et vie au camp constitueront ainsi le cadre de la première socialisation d’une génération d’Européens, marqués dès leur enfance.
La voix et le récit des témoins restituent l’intensité unique d’une expérience, où la peur, la douleur, la faim et le froid s’entremêlent avec la découverte étonnée d’un nouveau territoire, de jeux partagés et d’instants de joie, expérience qui leur apparaît aujourd’hui comme une leçon décisive pour toute leur vie.

Texte : Marta Craveri et Anne-Marie Losonczy