Correspondre

 

La déportation, le séjour en exil, ne conduit pas à rompre les liens avec ses proches, qui ont échappé à l’arrachement. Les lettres circulent de Lituanie en Sibérie, entre parents, parfois entre proches, lettres fortement surveillées par le contrôle postal, qui porte une attention toute particulière à celles qui vont ainsi des régions occidentales vers les « territoires lointains » qui sont lieux de déportation. S’instaurent aussi des correspondances triangulaires, joignant ceux qui sont restés, ceux qui sont en exil dans quelques villages éloignés, et ceux qui, de la même famille, ont été enfermés dans un camp du Goulag. Si les régles de correspondances sont strictes dans le camp, elles ne semblent pas être particulières dans les villages d'exil. Ceux qui ont vécu cette longue histoire ont, parfois, conservé des liasses de lettres, témoignages précieux d'une relation qui ne s'est pas interrompue malgré la distance. On trouve aussi trace de ces correspondances dans les rapports du contrôle postal, où figurent de nombreux extraits des lettres interceptées. Enfin, certaines lettres complétes, jamais arrivées au destinataires, sont conservées dans le dossier constitué par les organes répressifs sur la famille déportée. Ainsi, témoignages, rapport de la police politique sur le contrôle postal ou lettres placées dans les dossiers personnels constitués par la police, recueil de lettres conservés au sein des familles ou déposés dans diverses archives, offrent autant de sources pour apprécier la richesse des relations que chacun tente de préserver dans les conditions souvent extrêmes de la déportation.

Emilia Koustova