Jacow Shats : Le travail en déportation

 

« Ils nous ont fait descendre du train, nous ont mis dans des voitures et nous ont conduits au nord de Kansk dans le district de Taseevo. Et, là-bas, ils nous ont logés chez les habitants, ils nous ont pris nos passeports et ils ont donné à mon père un document avec lequel il devait signaler sa présence chaque semaine. C’est ainsi que notre séjour sibérien a commencé.

Mes parents ne pouvaient pas faire un travail intellectuel, ils n’y étaient pas autorisés. Ils pouvaient seulement accomplir des tâches physiques très difficiles, par exemple travailler dans les forêts, les kolkhozes, dans les camps. Il faut savoir que tous les déportés étaient des citadins et on n’était pas habitué aux travaux durs, dans les champs.

Il faut savoir aussi que dans cette région il fait très, très froid en hiver, cela peut descendre jusqu’à -50 °C. On n’était pas préparé à ce froid, nous avions été arrêtés et déportés en juin, nous n’avions pas pris de vêtements chauds avec nous ; il y avait de grands problèmes de ravitaillement, la population locale souffrait aussi du manque d’aliments, et beaucoup de déportés qui n’arrivaient pas à vendre ou à échanger leurs vêtements mouraient de faim.

Question : Avez-vous fréquenté l’école ?

Je n’ai pas fréquenté l’école car je n’avais pas de vêtements chauds pour sortir, et en hiver il fallait avoir des manteaux de fourrure, des chapeaux, des bottes chaudes et je n’avais pas tout cela. Ainsi, pendant trois ans, je n’ai pas fréquenté l’école et ce n’est qu’en 1944 que mes parents ont pu acheter des vêtements ; je suis alors allé à l’école, pendant deux ans. Nous avons passé cinq ans en Sibérie.

Question : Que faisiez-vous et votre sœur, quand vous n’alliez pas à l’école ?

 

On travaillait tous dans la famille, mes parents ont commencé à travailler car si on ne travaillait pas on n’avait pas d’argent et on ne pouvait pas acheter le nécessaire. Ma mère travaillait, ma sœur travaillait. En 1943, ma sœur aînée a été mobilisée à nouveau, envoyée encore plus à l’est, là où un chemin de fer était alors en construction.

Question : Quels travaux faisait votre famille, dans la région de Krasnoïarsk ?

On abattait des arbres, ma deuxième sœur a été mobilisée pour participer au flottage du bois. J’avais moins de 18 ans, j’étais mineur, mais j’allais aussi travailler avec ma mère dans les champs au kolkhoze, je l’aidais pendant les moissons, je participais ainsi aux travaux des champs. »

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Jakow Shats à Riga le 12 juin 2008
© CERCEC & RFI