Teodor Shanin : Le retour du père

 

Quand votre père est-il revenu ?

Environ un an et demi après l'amnistie des Polonais, peut-être un an. Cela a pris tout ce temps pour que l’ordre du gouvernement atteigne son camp. Nous pensions qu’il avait pu être tué, car personne ne venait.

Mon père est allé à Djalalabad, une montagne kirghize, et voici ce qui est arrivé : comme beaucoup de personnes rentraient, les patriotes polonais s'étaient organisés et il y avait dans tous les villages un bureau central, tenu par une majorité de Juifs, où il y avait un tableau, avec accrochés dessus des télégrammes. Si vous cherchiez quelqu’un vous pouviez envoyer un télégramme en différents lieux, disant où vous étiez et qui vous cherchiez.  Avec un peu de chance le télégramme était trouvé. Il est donc allé à Djalabad, il a cherché s'il y avait un message pour lui et il a envoyé un télégramme et rien n’est venu. Il a pensé qu’il allait mourir de faim; il avait le scorbut. En Russie les gens ne mouraient pas de faim, mais d’une mauvaise nourriture. Il décida d’aller dans un kolkhoze local où, au moins, il y aurait de la nourriture, et il y va, et là il découvre un de nos télégrammes.

Voilà, la vie est pleine de surprise, de chances et de malchances inattendues!

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Teodor Shanin à Moscou, le 8 décembre 2008
© CERCEC & RFI