Rimgaudas Ruzgys : Trois villages de déplacés. Arrivée et construction

 

1. «Ensuite, on est parti avec des chevaux, du chemin de fer à voie étroite jusqu’au village… Le village était environ à un demi-kilomètre, un kilomètre. Chacun a pris ses affaires. On nous a amenés dans une maison bâtie comme en Sibérie, en rondins, typique comme nous l’avons vu. Elle était divisée en quatre pièces : un couloir et quatre petites pièces. On nous a mis à cinq familles dans cette maison. La première nuit, on ne pouvait pas se coucher ni s’allonger, il n’y avait que les murs et rien d’autre. La maison avait uniquement des cloisons en planches pour séparer un peu. Nous nous sommes couchés tant bien que mal sur nos sacs et nous nous sommes fait attaquer par les punaises. Quand les punaises ont attaqué, on s’est levé et il y en avait partout : partout sur les bras, les insectes attaquaient partout et on ne savait pas où se mettre. Tout le monde avait faim après ce voyage, personne n’avait mangé chaud. Le lendemain, tous ont placé des pierres dehors, et ceux qui avaient des casseroles ou des seaux ont commencé à préparer quelque chose à manger, quelque chose de chaud. Ceux qui avaient quelque chose… il n’y avait aucun magasin. La première nuit, quand nous sommes entrés dans la maison, nous avons barricadé la porte d’entrée. Nous pensions qu’on ne sait jamais, qu’on avait amené des étrangers ; les gens locaux avaient des couteaux car ils leur avaient dit que c’était des bandits. Nous nous sommes enfermés, barricadés de l’intérieur pour que la population locale n’entre pas dans la maison où nous passions la nuit. Voilà, c’est comme ça que nous nous sommes installés.»

2. «Ce lieu s’appelait Moïga. Là-bas, comme d’habitude, ils avaient construit uniquement quelques baraques, mais il fallait héberger tout le monde. Donc, ils ont parqué trois ou quatre familles par pièce, autant qu’ils ont pu. Il y avait au centre de la pièce un tonneau avec des trous et une cheminée en sortait pour chauffer un peu à l’intérieur. L’entrée était sans vestibule, directement sur l’extérieur. Quand on a commencé à chauffer en hiver, il faisait environ -40°C dehors : un grand froid. A l’intérieur, les rondins étaient en bois vert, l’eau se condensait et coulait sur les murs ; des gouttes tombaient sur la tête. On n’avait pas de planches car il n’y avait aucune scierie. Il a donc fallu fabriquer le plancher en fendant les rondins. On a fendu les rondins en planches qu’on a utilisées pour fabriquer une sorte de plancher. Et la même chose pour le plafond : il fallait couvrir un peu et on a utilisé ce type de planches. On employait de grands pins, des rondins de 2-3 mètres de long, et sans branches car c’était plus simple à fendre. On a mis une couche de terre sur le plancher pour que ce soit plus chaud. Quand ils construisaient les baraques, ils ne faisaient pas de fondations. On construisait sur des souches ou des poteaux. A la place des fondations, on empilait sur 1 mètre de haut environ de la terre sur les côtés jusqu’aux fenêtres pour que le froid ne passe pas par dessous. Voilà comment s’est passé notre premier hiver.»

3. «Ce village a existé peu de temps, seulement trois ans peut-être. On a coupé toute la forêt, ils ont peut-être mal calculé, ils n'avaient pas prévu que les Lituaniens étaient si travailleurs et qu'ils travailleraient si vite. Quand on a fini de couper la forêt, c'est devenu trop loin, ce chemin de fer à voie étroite atteignait les montagnes et ne pouvait aller plus loin. Il fallait se transférer dans une autre vallée, ils ont donc commencé à construire un nouveau village, dans un endroit où il y avait beaucoup de forêts. Ce n'était plus que pour quelques années...»

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Plan de peuplement par les déplacés, district de Zaigraevo.
© Rimgaudas Ruzgys


Tous les extraits :

  1. 1er jour au village de déplacés
  2. Construction du deuxième village
  3. Construction du troisième village