Janos Rozsas : Les « libres »

 

«A l’été 1945, alors que mes compagnons ont interpellé le commandant du camp. Ils lui ont dit : « Commandant. Le taux de mortalité est énorme. Le travail est dur. On demande une amélioration de la nourriture. » Il a répondu. « Rendez vous compte – on était à Nikolaiev- que en ville beaucoup aimeraient être à votre place parce que vous recevez votre ration de pain tous les jours mais là-bas, on ne voit pas de pain pendant des semaines.
Ensuite, nous avons eu l’occasion, pendant le déblayage des ruines d’entrer en contact et de discuter avec des libres – à l’époque, la surveillance n’était pas aussi étroite - et ils nous ont dit qu’effectivement ils vivaient dans une grande misère, une grande pauvreté. Donc, nous partagions la souffrance et les privations du peuple soviétique !
La distinction entre liberté et emprisonnement était extrêmement floue.
 Par exemple, au Kazakhstan, dans l’usine métallurgique du camp où je travaillais au haut-fourneau, le directeur était libre et membre du Parti et l’ingénieur en chef était détenu… Donc, on travaillait avec des libres. Sur une machine, il y avait un libre ; sur une autre, un détenu.
 Une fois, j’ai entendu que l’un des libres –enfin, « libre », mais sans doute exilé, déporté ou enrôlé… peu importe, d’une façon ou d’une autre, il était arrivé au Kazakhstan – un jeune homme, donc, a demandé trois jours de congé à l’ingénieur en chef :
« Vasia. Je ne te donne pas de congé ». Parce qu’il y avait une extraction de charbon en surface et une pièce de l’excavateur était en panne. « Tant que nous n’avons pas fini de fabriquer la pièce de remplacement, personne ne prendra de congés, parce que l’excavateur ne fonctionne plus et la production est à l’arrêt.
Donc, l’ingénieur en chef prisonnier refusait de donner des jours de congé à l’ouvrier libre ! Que dire ?»

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Janos Rozsas le 7 juin 2009 à Nagykanizsa, Hongrie
© CERCEC & RFI