Janos Rozsas : La solidarité entre prisonniers

 

«Comment étaient les rapports avec les Russes ?
Au début ce n’étaient pas au mieux. En effet, les Hongrois, les Allemands, les Roumains, nous étions dans l’autre camp pendant la guerre.
Mais l’URSS a condamné aussi ses propres ressortissants en tant que fascistes, pour avoir collaboré avec les Allemands. Comme il fallait beaucoup de main d’œuvre au camp, ils trouvaient suffisamment de motifs pour condamner les gens comme criminels de guerre.
Et c’est pour ça que nos co-détenus soviétiques nous disaient « c’est à cause de vous que nous sommes au camp car c’est par erreur que nous avons été considéré comme fascistes, alors que vous, les Allemands, les Roumains, les Hongrois, vous êtes vraiment des fascistes. Nous sommes là à cause de vous ».
Ilia Ehrenburg, qui était un cabotin tout aussi incendiaire que Goebbels, attisait à l’extrême à la haine de l’étranger, de l’ennemi… ennemi, disait-il… d’un côté, c’étaient des paysans hongrois qui tiraient et de l’autre des moujiks russes. En gros, les gens simples, on se tirait dessus.
Mais plus tard, les choses se sont atténuées, les Soviétiques connaissaient nos noms ou au moins notre façon d’être ; et là, c’est la solidarité entre détenus qui a primé. 
Pour rendre le travail plus facile, pour baratiner les gardes… pour ça, nous étions vraiment unis.
Là, peu importait si on était russe, ukrainien, tadjik, tatare… pour rouler le chef de brigade afin qu’on n’ait pas à faire le travail qu’on nous imposait. Devant ça, on était tous pareils.»

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Janos Rozsas
© CERCEC & RFI