Janos Rozsas : Sa condamnation à 10 ans de travaux forcés

 

«Nous n’avions fait de mal à personne. Nous n’avions même pas tiré une seule fois. On était des gamins envoyés au front par les Allemands et malgré ça, il y a eu des condamnations à mort et à 10, 15, 20 ou 25 ans… Moi, je faisais partie des chanceux, je n’ai été condamné qu’à 10 ans et à la déportation à vie par le tribunal militaire du troisième front ukrainien.
Ca voulait dire qu’une fois passés les 10 ans, jamais je ne pourrai revenir chez moi, que je partais pour un exil éternel en Extrême-Orient
Bien sûr, au début, on ne le comprenait même pas, on n’y croyait pas, on n’arrivait pas à le concevoir. Et on savait encore moins qu’avec l’arrestation, nous étions immédiatement devenus citoyens soviétiques pour qu’ils puissent nous condamner en tant que tels…
Moi, j’aurais préparé, selon l’article 58.2., une insurrection armée contre ma patrie soviétique. Et selon l’article 58.9., j’aurais été un agitateur contre ma patrie… un non-sens juridique !
Nous, évidemment, on ne pigeait rien au russe, on voyait juste qu’on était encerclés de gardes armés… d’abord, on voulait nous exécuter !  C’était la consigne d’un des commandants d’exécuter les jeunes condamnés par l’article 58. Mais ensuite un autre officier est venu avec une autre consigne venant du camarade Staline : il fallait que ce soit le tribunal militaire qui nous condamne officiellement à mort.
Donc après, 6 semaines d’enfermement pénible,  nous nous attendions à être condamnés à mort. A notre surprise, certains d’entre nous n’en ont eu que pour 10 ans.
C’est quelque chose de très paradoxal mais croyez-moi : quand l’interprète, une Ruthène qui ne connaissait pas bien le hongrois, nous a montré ses 10 doigts, car elle ne savait pas dire 10, et nous a dit : « c’est ce à quoi vous avez été condamnés, vous avez été mauvais, vous allez en Sibérie »… nous avons été soulagés ! Car la Sibérie, ça signifiait la vie pour nous.»

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Janos Rozsas le 7 juin 2009 à Nagykanizsa, Hongrie
© CERCEC & RFI