Antanas Petrikonis : La répression de la révolte au camp de Kengir

 

«Ce matin du 26 juin, j'étais, semble-t-il, dans la zone des femmes, baraque n° 5. Soudain, on a entendu un brouhaha, un vrombissement de chars, des tirs de canons, à blanc évidemment. Quand un char tirait, les chiffons partaient dans l'air. Ils étaient chargés avec des chiffons, ce qui comptait c'était le bruit. Ils passaient à toute vitesse, sans regarder s'il y avait des hommes ou pas, les chenilles couvertes de sang. Il y avait une femme lettone, ils lui ont passé dessus, après cela il ne restait plus que des lambeaux de vêtements, plus de femme. On nous a mis dans les baraques qu'ils ont encerclées. J'étais avec un Ukrainien dans une baraque, les soldats tout autour. Je regardais les soldats, ils étaient en face de nous, la porte de la baraque ouverte. Lui, il mettait sa tête dehors pour regarder, les autres lui ont demandé combien ils étaient. Il a sorti la tête et vlan ! Droit dans la tête, il est tombé. Il lui restait un an de camp. Nous l'avons pris, mis sur les lattes en bois. Il a juste gargouillé et c'est tout, il est mort. Je dis que c'est bien que ce n'était pas ma tête. Voilà quel est parfois le destin de l'homme.»

Vous devez installer Flash Player pour lire ce média.

Antanas Petrikonis en 1958, au goulag
© Antanas Petrikonis