Antanas Panavas : Vie quotidienne en déportation

 

1. Travail au kolkhoze

«Jétais étudiant et soudain, deux semaines plus tard, je travaillais déjà dans un kolkhoze. Et ils m’ont dit : “Tu vas travailler ici, tu vas transférer la paille, etc.” Comme je connaissais les travaux de la terre, je me suis dis qu’il n’y avait rien à faire, on allait les faire s’il le fallait, et on a vécu comme ça. Là-bas, nous avons retrouvé des Lituaniens qui avaient été amenés avant. Ils avaient créé une image particulièrement bonne des Lituaniens, les Russes savaient qu'on emmenait des gens qui n’étaient pas comme le déclarait les autorités : ennemis, bandits, etc. Les gens disaient là-bas : on vous connait déjà… Ce qui était bien pour nous cest qu'on nous a proposé des logements dès le début, car les Russes locaux fuyaient les kolkhozes pour la ville. Mais ils avaient peur dabandonner leurs maisons à on ne sait qui, c'était difficile. Ils demandaient donc de trouver des gens fiables qui pouvaient bien s’occuper des maisons, ne brûlaient pas les clôtures, ne cassaient pas les vitres. Ils demandaient d’aller vivre là et disaient qu’ils nous laissaient ça quelque temps. Les années 1951, 1952 et 1953 ont été difficiles, dans le sens où ils payaient très peu pour le travail. On manquait de pain… c'était essentiel le pain. Les pommes de terre, les gens en avaient, ils les plantaient eux-mêmes, mais c’était très difficile avec l’alimentation. Mais rien à faire, les gens se sont habitués. On travaillait dans les champs très tôt le matin. Au printemps, on semait, après suivait la préparation du foin, puis les moissons jusqu’à la tombée de la neige.»

2. Rencontres

«A Krasnoïarsk, nous nous sommes rencontrés sans nous reconnaître, cinq personnes de la même classe. On avait étudié dans la même classe, et on a vu qu’il y en avait un à Krasnoïarsk, puis un autre aussi, etc. On avait presque tous été déportés lorsqu’on était encore des étudiants. Après on se rencontrait là-bas, le plus souvent les dimanches, quand nous le pouvions. Ici, j'ai une photo avec quelques-uns d’entre nous. Certains ont été emmenés dès le début à Krasnoïarsk, ceux qui avaient des spécialisations, ils ont fondé des familles. La vie continuait, rien à faire ; les uns mouraient, d'autres naissaient. Il y avait quelquefois des obsèques très douloureuses quand des jeunes hommes mouraient après être tombé malades... parce qu'ils étaient déportés très jeunes, le travail était physique, et ça détériorait la santé… ils mouraient jeunes… il y avait parfois des accidents de toutes sortes... Il y avait là-bas des Lituaniens très cultivés. J’en ai déjà parlé, j’ai raconté et écrit plusieurs fois en Lituanie qu'il y avait un tel prêtre, le professeur Gustas. Il était ouvrier du bâtiment dans le camp, mais il a fait ce travail très peu de temps. Comme il connaissait bien l’anglais et le français, il est devenu traducteur dans une usine. Il devait traduire les notices des machines qu’ils achetaient, les descriptions de fonctionnement des machines. Il racontait qu’on lui donnait du travail et on lui disait : “Tu as une semaine pour le faire”, mais il le terminait en deux-trois jours et après il avait trois jours libres… il partait à la campagne, il venait comme ça chez nous, à 20 km. A Pâques ou un autre moment... ou simplement un dimanche. Les Allemands l’aimaient bien car il parlait très bien allemand, il leur manquait. Une personne très cultivée.»

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Antanas Panavas devant la maison de famille dans le kolkhoze de Boudianov 1952.
© Antanas Panavas


Tous les extraits :

  1. Vie quotidienne en déportation
  2. Vie quotidienne et rencontres