Placid Karoly Olofsson : La deuxième règle de survie

 

La deuxième règle… on doit percevoir les petits plaisirs de la vie. La souffrance vient toute seule, il ne faut pas la chercher. Les petites joies, par contre, il faut les chercher, les percevoir, les savourer ; c’est l’art de la vie. On m’a rétorqué en me demandant quels petits plaisirs pouvait-il y avoir dans un lager. Je vais prendre un exemple… C’était le défrichage. Et à moins de -20°C, on ne nous emmenait pas travailler dans la forêt. Non pas qu’ils nous préservaient, mais selon le règlement soviétique, les chevaux ne pouvaient pas sortir en dessous de cette température. Or, c’étaient eux qui tiraient les charrettes chargées de bois. Si les chevaux ne pouvaient pas sortir, les prisonniers pouvaient aussi rester dans les baraques. Mais à -15°C, on nous emmenait encore. Au portail, il y avait une zone neutre. Les gardiens aux épaulettes bleues nous fouillaient dans le camp, puis nous mettaient dans la zone neutre d’où les soldats aux épaulettes rouges nous conduisaient en forêt. La fouille consistait à devoir ouvrir complètement notre veste matelassée pour voir combien d’avions à réacteur nous avions sous les bras. Mais si le gardien oubliait d’enlever ma chapka pour voir combien de bombes atomiques j’avais en dessous, quelle joie ! Parce que pendant qu’il les cherchait, j’aurais pris sérieusement froid. Nous devions apprendre à percevoir les petites joies et nous l’apprenions en jouant. C’était l’année des Jeux Olympiques à Helsinki. Et là un premier tour, un deuxième tour et la finale. Nous aussi le matin, en allant à la forêt, nous cherchions les petits plaisirs et le soir, après avoir mangé la soupe au chou, celui qui pouvait en raconter le plus gagnait le premier tour. Au deuxième tour, il y avait les gagnants du premier tour et puis le champion « olympique » que nous fêtions. Bien sûr, nous n’avions rien… mais vous savez comment on faisait ? On lui demandait quelle était sa chanson préférée et nous la lui chantions. Il faut être imaginatif dans cette misère, lorsqu’on a rien. Nous avons eu une fois un champion olympique qui avait réussi à énumérer 16 petits plaisirs. Il nous a dit : « les gars. Aujourd’hui, je n’ai pas eu le temps de souffrir ; toute la journée, je devais guetter les petits plaisirs et me les répéter pour que je puisse vous les énumérer ». Ce n’est pas si facile de se souvenir de 16 petits plaisirs. Donc, c’était terriblement important.

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Le père Placid Karoly Olofsson
© Karol Placid Oloffson