Placid Karoly Olofsson : La première règle de survie

 

La première règle de la survie... on ne doit pas dramatiser la souffrance parce que ça affaiblit. Or, pour supporter la souffrance, nous avons besoin de toute notre énergie. Concrètement, nous y parvenions en ne laissant aucun de nos compagnons se plaindre. Quand quelqu’un râlait ou exprimait un mécontentement ou une tristesse : « parle-nous de ton métier ! ». Tout le monde sait parler de son métier. Pendant ces 10 ans, j’ai découvert tant de métiers… élevage de dindes, apiculture, mines, reliure de livres et compagnie. On ne permettait pas la plainte. Dans la pratique, nous essayions d’arranger ça par le jeu... Autre chose : en 1953, j’avais comme codétenu le directeur général de l’Office des Statistiques de Moscou. C’est de lui que j’ai entendu qu’il existe trois sortes de Soviétiques : ceux qui ont été en prison, ceux qui sont en prison, ceux qui seront en prison. C’est le directeur de l’Office des Statistiques de Moscou qui m’a dit ça ! Nous interprétions ça dans ce sens : « nom d’un chien ! Des trois millions et demi de prisonniers, il y aura des centaines, des milliers, des centaines de milliers survivront. Je ne suis pas pire qu’eux : moi aussi je vais survivre ! Donc, cette volonté de survivre, on se la transmettait l’un à l’autre. Nous prenions soin les uns des autres. Ca représentait beaucoup.

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Le père Placid Oloffson
© Placid Karoly Olofsson