Silva Linarte : Retour en Lettonie : l’orphelinat

 

En 1946, suite à une initiative du ministère letton de l’Instruction, les «orphelins et semi-orphelins» des colonies spéciales sont autorisés à rentrer en Lettonie. Beaucoup d’enfants avaient effectivement perdu l’un de leurs parents, durant les années de guerre, et pour les mères survivantes, les renvoyer en Lettonie, malgré le choc de la séparation, multipliait leurs chances de survie.

Ainsi, environ 1300 enfants, lettons pour la plupart mais également estoniens, regagnèrent les Républiques baltes en 1946-1947. Très souvent, les rescapés ne peuvent croire en la légalité de ce retour, pourtant documenté dans les archives soviétiques, et l’attribuent à un mélange de chance et d’initiative individuelle héroïque. Pour Silva et ses sœurs, l’arrivée à l’orphelinat de Riga correspond à la découverte d’une (relative) abondance. Les enfants, débarquant de Sibérie après un voyage éprouvant, se méfient de la nourriture qu’on leur propose. Seul le responsable médical déchiffre leur attitude et recommande qu’on leur prépare des pommes de terre, la seule nourriture qu’ils connaissaient. Pour ces enfants, le retour - précoce par rapport à d’autres catégories de déportés - constitue un choc gravé dans leur mémoire, une redécouverte de leur terre d’origine. Austra Zalcmane, sa soeur Lilia Kaione et Peep Varju ont bénéficié de la même mesure exceptionnelle.

1. Dans le premier extrait, Silva raconte son périple en train avec ses sœurs pour retourner en Lettonie en 1947.

2. «Ils nous ont amenés directement à l’orphelinat. La douche, tout de suite, une sorte de bain collectif, on n’en avait jamais vu avant, on ne savait pas ce que c’était, pourquoi de l’eau coulait d’en haut. Je me souviens qu’on pleurait, on ne savait pas où se mettre. Quoi qu’il en soit, les éducateurs sont arrivés et nous ont tous lavés.
Et puis après, ils ont commencé à distribuer les vêtements. Pour moi, en tant que fille, ça a été un grand moment. Une dame était assise et donnait des robes…
Donc, je me tiens debout devant cette dame, et elle me dit : «Et toi, fillette, regarde. Choisis la robe qui te plaît.» Alors j’ai choisi une robe à fleurs avec une bande d’une autre couleur, bordeaux.
Oh mon Dieu, je me souviens, je me suis habillée et je me suis regardée. J’étais tellement contente d’avoir cette robe merveilleuse.
Vous savez, en Sibérie, on avait des jupes faites en toile cirée. La toile cirée des sacs qui servaient à nourrir les chevaux ! Ma mère en avait découpé un pour m’en faire une petite jupe, je la faisais tenir avec un lacet. C’est ce que je portais en Sibérie.
Et voilà que soudain, on me donnait une robe à fleurs !»

3. Le premier repas

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Silva Linarte entre ses deux déportations
© Silva Linarte


Tous les extraits :

  1. Le voyage de retour
  2. La première douche
  3. Premier repas