La faim : Les normes alimentaires

 

Les normes alimentaires

La nourriture distribuée aux prisonniers dans les camps de travail dépendait de la quantité de travail que chacun était en mesure de fournir. L'ensemble des rations était divisé en différentes catégories.

Avec le décret numéro 00943 du NKVD, du 14 août 1939, «sur l’introduction des nouvelles normes alimentaires et de ravitaillement pour les prisonniers des ILT et ITK du NKVD de l’URSS» était établi que la première catégorie, assignée à ceux qui ne réussissaient pas à accomplir les normes productives et aux invalides, accordait 600 g de pain de seigle, 100 g de céréales, 500 g de pommes de terre et de légumes, 128 g de poisson, 30 g de viande, 10 g de sucre et 20 g de sel. Dans le même décret, les normes à distribuer aux malades, aux prisonniers en transit, aux mineurs, aux femmes enceintes et aux femmes qui allaitaient étaient spécifiées.

La deuxième catégorie, assignée à ceux qui réussissaient à accomplir les normes productives, assurait la distribution de 1200 g de pain de seigle, 60 g de blé, 130 g de céréales, 600 g de pommes de terre et de légumes, 158 g de poisson, 30 g de viande, 13 g de sucre et 20 g de sel. Aux stakhanovistes, les travailleurs qui dépassaient les normes, il fallait ajouter 200 g de pain, 50 g de blé, 150 g de pommes de terre et de légumes, 34 g de poisson et 150 g de viande.

La ration de punition consistait en 400 g de pain, 35 g de céréales, 400 g de pommes de terre et de légumes et 75 g de poisson.

Dans les récits de nos témoins, ainsi que dans l’ensemble des mémoires écrites, la première catégorie se résumait à une portion de soupe deux fois par jour, de 400 g de pain, la deuxième catégorie donnait droit à 300 g de pain supplémentaire. Personne ne se rappelle avoir jamais reçu ni viande, ni sucre !

Tous ceux qui sont passés par les baraques de punition et les isolateurs se souviennent avoir reçu uniquement du pain et de l’eau.

Etant donné la corruption très répandue, à tous les niveaux de l’administration des camps et des colonies, et puisque les produits alimentaires étaient parmi les produits les plus précieux de cet univers, il est facile de comprendre que viande, sucre et légumes, qui selon le décret devaient être distribués en petites quantité aux prisonniers, restaient l’usage exclusif de l’administration et des pridurki, les prisonniers privilégiés qui travaillaient à l’intérieur du camp.