Le travail en déportation : Le travail en déportation

 

Le travail est au cœur de la vie en déportation. Il est toute la vie dans les camps. Il est essentiel tant pour la survie que pour l'insertion dans le monde dans lequel les déportés vont vivre.

Le travail dans les villages de déplacés spéciaux diffère de celui du camp. Dans les premiers, il s'agit le plus souvent d'un travail rural, travail aux champs, dans les kolkhozes ou sovkhozes, travail dans les exploitations forestières. Dans les camps, les prisonniers sont surtout utilisés aux travaux de construction ferroviaire et d'exploitation minière. La séparation entre déportés et prisonniers n'est cependant pas tranchée. Il existe, par exemple, des camps agricoles, en particulier au Kazakhstan. Des déplacés travaillent souvent au côté des prisonniers pour construire des voies ferrées ou travailler à l'usine.

Les déportés peuvent survivre en ajoutant un travail complémentaire, personnel, qui leur permet de s'insérer dans le tissu social local. Dans les camps, en revanche, le travail forcé constitue 100% de l'activité. Tous partagent un labeur extrêmement éprouvant, le sommet de la violence subie étant atteint dans les camps, là où les conditions de travail, en hiver en particulier, touchent aux limites de l'humain.

Les camps constituent la base d’un immense espace industriel, couvrant toute la chaîne de production allant de de l’exploitation des ressources minières de Sibérie, jusqu’à l’élaboration industrielle du produit fini, en passant même par la recherche fondamentale et appliquée, dans des camps spécialement conçus à cet effet où sont regroupés des scientifiques et ingénieurs réprimés. Les déportés travaillent souvent au côté de prisonniers pour construire des voies ferrées ou une ville, née de nulle part, en appui à l’essor industriel d’une région.

Les déportés découvrent un travail qu'on leur impose. Ils sont souvent recrutés, comme dans un marché aux esclaves, à leur arrivée, par les chefs de kolkhoze. Ils sont employés dans les travaux les plus durs, en particulier dans les immenses lespromhoz, entreprises forestières, de Sibérie. Sans doute, le contraste est-il moins difficile pour les paysans lituaniens ou lettons, pour les ouvriers agricoles ukrainiens, que pour les citadins qui ne connaissent guère la vie rurale. Mais ceux-ci offrent alors certaines compétences qui se substituent à leur manque d'expérience. 

La limite entre travailleurs libres et déportés ou prisonniers n’est pas toujours précise, dans ces lieux où le travail forcé est omniprésent. Souvent, à l’issue de leur peine, les prisonniers restent sur place, volontairement, car ils n’ont pas où rentrer, ou malgré eux, car ils sont assignés à résidence sans droit au retour. Ils côtoient alors leurs anciens compagnons de camps. Les déplacés spéciaux se mêlent souvent aux locaux, dans les mêmes équipes de travail et avec les mêmes modalités.

Alain Blum et Emilia Koustova