Anna Kovaltchouk-Tarassova : L'évasion

 

«Je rapporte de l’eau à la maison. Maman me dit : “On va mourir si cela continue ! Allons, partons en Ukraine.” Elle ne nous a pas demandé conseil. Nous étions petits, elle  a pris un traîneau, là-bas, à quelqu'un, et on est parti. Elle nous a installé dans le traîneau, nous a enveloppé… Elle a enveloppé mon frère aîné, celui qui est à Pétersbourg maintenant, elle a déchiré sa robe et l’a roulé dedans.

Il gelait, et on a atteint la station de train Iadrikha, et on nous a mis dans le train. Dans le train les gens nous plaignaient un peu, ils nous ont donné un peu de nourriture, et quand nous sommes arrivés, tous ont vu que maman était enflée par la faim et nous aussi. On étaient gelés, tout était gelé, mes mains, mes pieds, voilà pourquoi j’ai encore mal.

[…]

On n’avait rien, rien du tout. Et ensuite maman a dit : “On va mourir comme ça, repartons en Ukraine.” [Question] Maman avait un foulard en soie, et elle l’a donné à la caissière en lui donnant un billet. Il y a des gens gentils – il y en a –, on ne peut pas dire que tous sont mauvais. Les gens nous ont donné à manger. Ils comprenaient qu’on s’enfuyait, et maman le racontait, c’était visible de toute façon, on était dans un train normal, dans des wagons normaux. On est passé par Moscou, on a traversé Moscou en camion, d’une gare à l’autre, puisque le billet était jusqu’au bout, et on est rentré ainsi.»

Vous devez installer Flash Player pour lire ce média.

La mère d'Anna, en déportation.
© Anna Kovaltchouk-Tarassova