Klara Hartmann : Enfance, guerre et arrestation

 

«Je ne me rappelle pas précisément car j’étais très petite : mes parents sont morts. Et c’est mon oncle et sa famille qui m’ont élevée. Lui était officier de gendarmerie à Gönc. C’est là où j’ai vécu jusqu’à mes 14 ans, pour ainsi dire. J’allais à l’école. La famille s’est habituée… ou plutôt, je me suis habituée à la famille et je les ai pris en affection.
La guerre est arrivée. Et ils ont fui… à l’étranger. Ils ont fui la guerre. Et moi, ils m’ont laissée dans ce grand appartement. Pour qu’il ne reste pas vide, ils y ont placé une bonne pour qu’elle soit là aussi, pour que nous restions dans l’appartement. 
Mais, les combats ont duré très longtemps : les Russes se retiraient, les Allemands rentraient. C’était changeant… Ma rue était habitée par des gendarmes, pour ainsi dire, et c’était là aussi où se trouvait leur caserne. Il y en avait déjà beaucoup qui étaient à la retraite… Selon la rumeur, si les combats duraient aussi longtemps, c’était parce que les gendarmes défendaient le village. Pourtant, il n’y avait sûrement personne là-bas : tout le monde essayait de partir. Mais c’est ce qu’ils disaient. Et c’est à cause de ça qu’ils m’ont emmenée. 
A la fin, ce sont les Roumains qui sont rentrés dans le village, pas les Allemands, ni les Russes. Les Roumains ont fait un grand cirque et ils emmenaient tout ceux qu’ils pouvaient. 
Et puis les Roumains, quand nous étions logés à Rakamaz, je crois… et c’est de là que partait le train. Mais vers où on m’emmenait et comment, je ne le savais pas. J’étais si gamine, j’avais tellement peur, j’avais tant de problèmes que je ne pouvais pas prêter attention à autre chose qu’à ma peur…

Comment s’est passée l’arrestation ?
Il n’y a pas eu d’arrestation ! Des soldats sont rentrés dans la maison avec quelqu’un de la municipalité. Ils m’ont prise et m’ont emmenée.

Et ils ont aussi emmenés la bonne ?
Oui.

Elle aussi…
Oui, mais je ne l’ai pas revue par la suite. Je n’ai revu personne que je connaissais auparavant.»

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Klara Hartmann à Gödre, le 31 août 2009.
© CERCEC & RFI