Klara Hartmann : Interrogatoires et torture

 

«J’ai été en prison, enfermée avec des Russes. Donc, je ne pouvais pas vraiment parler, non plus. Au fond, je n’arrivais pas à réaliser ce qui m’arrivait, où j’étais, ce que je faisais là, ce qu’ils allaient faire avec moi. Après deux ou trois mois, ils m’ont transférée dans un cachot isolé. Et là ont commencé les interrogatoires, que j’avoue que je suis une espionne, et pour qui je travaille. Il y avait un interprète, un soldat de Transcarpathie qui parlait bien le hongrois. Il me disait d’avouer car si je faisais durer ça longtemps, j’allais mourir en prison. Mais je lui ai dit : “Je n’ai pas été espionne. Je ne sais pas ce que c’est…” Il a insisté pour que je le dise, ce harcèlement, ce tiraillement a duré longtemps. Parce que les interrogatoires étaient de nuit, et de jour, on ne me laissait pas dormir. Il fallait rester debout dans la cellule toute la journée. Et un soldat veillait, à travers le judas, à ce que je ne me couche pas, mais que je me promène. En somme, ils me torturaient avec ça, pour que je dise au plus vite ce qu’ils avaient envie d’entendre.  A la fin, je ne pouvais plus rien faire. J’étais tellement vidée : ils ne me laissaient ni dormir ni manger. Alors, j’ai dit qu’effectivement, j’étais espionne, mais je devais aussi signer un papier comme quoi je l’étais. Il fallait aussi que je dise où j’avais appris, dans quelle école, qui étaient mes profs… A ça, je ne pouvais absolument pas répondre parce que je n’étais pas espionne, je n’avais aucune idée de tout ça. Eux, avec les conseils de l’interprète, ont écrit ce qu’ils pouvaient. Puis, quelques mois sont passés. Et vers Noël on m’a appelée au bureau et il fallait que je signe que j’en avais eu pour 10 ans. L’interprète m’a dit que je partais pour 10 ans de travail forcé, mais que je n’aie pas peur parce que ça se passerait bien pour moi, que je pourrai même peut être survivre, et qu’après 10 ans, je serais libérée et je vivrai en Russie avec un emploi et un logement et que ça passera. J’étais presque contente…
Je ne peux pas raconter ou… comment dire… je ne sais pas décrire les choses qui me sont arrivées dans cette prison parce qu’il y a eu de tout : il est arrivé qu’on me place sous un robinet d’où des gouttes d’eau tombaient sans arrêt sur ma tête. On me torturait aussi comme ça avec de l’eau froide, Ils appelaient ça “le box”. J’ai failli finir gelée. Après, on me sortait pour aller aux interrogatoires.»

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Klara Hartmann à Gödre, le 31 août 2009.
© CERCEC & RFI