Klara Hartmann : Vie au camp

 

«Ensuite, une usine à Balhàs a été construite. En fait, c’est nous qui avons construit la ville entière, petit à petit. Il n’y avait pas de maisons, il n’y avait rien là-bas, c’était le désert.
D’abord, ce sont des appartements qui ont été bâtis, des appartements familiaux, corrects, mais à la manière russe.

C’est vous qui l’avez construit ?
Oui, oui. Les fonctions de chaque brigade étaient déterminées. Il y en avait une qui s’occupait des fondations, d’autres qui faisaient les bases, ou encore les murs ou les charpentes, et ainsi de suite… les sols… tout.
Il y avait tant de monde que chacun avait sa propre fonction. Et quand les appartements ont été terminés, on a aussi construit une usine où l’on raffinait l’uranium en provenance de Hongrie.
A environ 30-40 kilomètres du camp, il y avait une mine d’où on extrayait également de l’uranium et cet uranium allait aussi à l’usine…
Il y avait celui en provenance de Hongrie, je le sais parce qu’il y avait des wagons hongrois où étaient marqués “Hungaria” et “Pécs” ou “Budapest” et quand on extrayait l’uranium de la terre, on l’apportait avec des brouettes dans ces wagons; dans les mêmes wagons qui amenaient l’uranium de plus loin. C’est comme ça que je le sais.
C’était une impression bizarre, car c’étaient des trains hongrois. Ces trains signifiaient la Hongrie pour moi…                                                          C’était quand même dur, c’était souvent horrible mais en quelque sorte, je sentais… ou plutôt je sens ça maintenant, avec le recul, que dans le camp j’ai traversé plein des choses qui ont été importantes pour ma vie, qui étaient peut-être nécessaires dans ma vie, pour mon expérience… je ne sais pas vraiment… C’était comme une école… mais une école très amère …
Là, dans le camp politique, il y avait un respect mutuel, une solidarité, une entraide. Les Ukrainiennes recevaient des colis de chez eux, elles les partageaient même si ce n’était pas beaucoup, parfois juste un petit bout. La chef de brigade… elle était aussi ukrainienne. Elle aussi recevait toujours des colis et elle les partageait avec tout le monde… C’était une très belle chose, un sentiment de dignité… on s’aidait l’une l’autre, peu importait si on était Lituanienne, Lettonne ou de n’importe où… on se liait d’amitié et on était ainsi ensemble.»

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Klara Hartmann à Gödre, le 31 août 2009.
© CERCEC & RFI