Elena Petrovna : Biographie

 

Biographie

Elena Petrovna est née en 1937 dans un petit village d’Ukraine, dans la région de Ternopol, d’une famille au nom à consonance allemande. Son père descendait des Allemands arrivés sur le territoire de l’Empire russe à la fin du XVIIIe siècle, à l’appel de l’impératrice Catherine, mais il ne parlait pas allemand. Sa mère était ukrainienne.

Et pourtant, en 1944 ou 1945, les Soviétiques arrêtent son père car leur nom de famille suffit à les faire considérer comme partisans de Bandera. Son père est envoyé dans un camp, dans le Grand Nord sibérien, à Norilsk, alors qu’elle et sa mère sont dans un premier temps déportées à Zima, dans la région d’Irkoutsk. Seul son frère en réchappe, car il n’était pas là lors de la venue des soldats.

Elena reste un an à Zima, puis part dans un autre village proche. Sa mère travaille dans une exploitation forestière, comme beaucoup de déportés de ces régions. Les premières années, les talents de couturière de sa mère leur permettent de vivre dans des conditions meilleures que le commun des déportés.

Un jour, elle revient de l’école en pleurant. Des enfants du village l’ont traitée de partisan de Bandera, d’ennemie du peuple. Dans cette école, nombreux sont ceux qui ont un père mort au front. Et ils la considèrent comme une fasciste, responsable de son décès. Elle ne comprend pas, d’autant que sa mère a de bonnes relations avec les autres habitants du village. Certains enfants russes la défendent, les enfants ukrainiens ont peur.

Elle se souvient des prisonniers japonais qui travaillaient non loin, des Ouzbeks, arrivés ensuite, qui mouraient en grand nombre, d’un soldat de l’armée Vlasov, qui ne racontait rien sur sa guerre, d’autres anciens combattants. Et enfin des Lituaniens, arrivés en 1949, comme son instituteur en histoire, qui partira dès la réhabilitation en 1956.

Elle a conservé précieusement, dans une toile qui rassemble tout ce qu’elle garde de cette période, les lettres que son père écrivait régulièrement à sa mère, ainsi que celles de son frère resté dans leur village natal. Certaines de ces lettres se terminent par «Gloire au grand Staline»…

Son père meurt quelques semaines après la mort de Staline, début mai 1953. A cette période, de nombreux hommes reviennent des camps et arrivent dans le village où elle réside. L’un de ces anciens prisonniers a connu son père à Norilsk, mais il ne lui raconte rien sur lui.

Un jour sa mère lui dit simplement «On est libre.» Elle n’en saura pas plus. Elle sera komsomol, ne se souvient pas d’interdits. La plupart de ses amies sont de familles de déportés, et entre filles on ne se traite pas de partisan de Bandera. On ne parle pas de la déportation.

Le silence a dominé sa vie, imposé par une peur persistante, jusqu’à aujourd’hui. Elle n’a pas parlé de son histoire à ses enfants. Sa fille a cherché à reconstituer ses origines, sa vie, le parcours de sa famille, toute seule. Elle cherche toujours, va en Ukraine, retrouve des traces de toute cette histoire, mais sa mère ne lui en parle toujours pas. Elle nous a demandé de préserver son anonymat.